SCÈNE V
agité de divers mouvements, que je ne puis accorder. J'aime le marquis, et je dois peu l'estimer. J'estime le baron, et je voudrais l'aimer. Je hais Rosbif, et il faut que je l'épouse, puisque mon père le veut.
FINETTE
Mais, madame, n'étes-vouspas \eu\e, et, par conséquent, maîtresse de vous-même?
ELIAS TE
Ma grande jeunesse, la tendresse que mon père m'a toujours témoignée , le bien même queje dois en attendre,ne me permettent pas de me soustraire à son obéissance.
FINETTE
Quoi! vous pourrez, madame, vous résoudre à épouser encore un homme de votre nation, après ce que vous avez souffert avec votre premier mari? avez-vous sitôt oublié la triste vie que vous avez menée pendant deux ans que vous avez vécu ensemble! Toujours sombre, toujours brusque, il ne vous a jamais dit une douceur; se levant le matin de mauvaise humeur , pour rentrer le soir ivre; vous laissant seule toute la journée, ou réduite à la passer tristement avec d'autres femmes, aussi malheureuses que vous; à faire des nœuds, à tourner votre rouet pour tout amusement, et à jouer de l'éevntail pour toute con-
versation. Mort de ma vie! je ne permettrai pas que vous fassiez un pareil mariage, ou vous me donnerez mon congé' tout-à-lheure.
ÉLIANTE
Que veux-tu que je fasse?
FINETTE
Que vous ayez le courage de vous rendre heureuse, et que vous épousiez un homme de mon pays, un Français. Considérez, madame, que c'est la meilleure pâte de maris qu'il y ait au monde ; qu'ils doivent servir de modèle aux autres nations, et qu'un Français a cent fois plus de politesse et de complaisance pour sa femme qu'un Anglais n'en a pour sa maîtresse. Une belle dame comme vous seroit adorée de son mari en France. Il ne croiroit pas pouvoir faire un meilleur usage de son bien que de l'employer à se ruiner pour vous. Il n'auroit pas de plus grand plaisir que de vous voir, brillante et parée , attirer tous les regards, assujettir tous les cœurs. Le premier appartement, le meilleur carrosse, et les plus beaux laquais seroient pour madame. Vous verriez sans cesse une foule d'adorateurs empressés à vous plaire, ingénieux à vous amuser, étudier vos goûts, prévenir vos désirs, s'épuiser en fêtes galantes, vous promener de plaisirs en plaisirs,
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sans que votre époux osât y trouver à redire, de peur d'être sifflé de tous les honnêtes gens.
ELIANTE.
Mais Finette, comment faut-il m'y prendre pour déterminer mon père?
FINETTE
Il faut lui parler avec la noble fermeté qui convient à une veuve , sans sortir du respect que doit une fille à son père; il faut lui représenter que les maris de ce pays-ci ne sont pas faits pour rendre une femme heureuse, que vous en avez déjà fait la dure expérience, et qu'il s'offre un parti plus avantageux et plus conforme à votre inclination , un marquis français , jeune, riche, bien fait.
ÉLIA>'TE.
Mon père n'y consentira jamais. Il est déjà prévenu contre lui, comme tu l'as vu par sa lettre ; car c'est assurément de lui dont on lui aura parlé.
FINETTE
Milord Craff, votre père, est un homme sensé ; il ne sera pas difficile de lui faire entendre raison.
É LIANTE
Moi-même, j'ai lieu de n'être pas contente du marquis; son indiscrétion et son étourderie...
6o LE, FRANÇAIS A LONDRES.
finette, l'interrompant.
Bon, bon! il faut lui passer quelque chose, en faveur de la jeunesse et des grâces... (voyant paroître milord Houzej. ) Mais voici milordHouzey, votre frère: c'est du fruit nouveau.