‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BoissyChapitre 72 sur 194 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SGE5Ë I.

CÉLIANTE, LISETTE.

LISETTE

Je suis , je suis outrée !

CÉLIANTE.

Et, pourquoi donc, Lisette?

LISETTE

Avec trop de rigueur votre frère nous traite. Il vient injustement de chasser Bourguignon. Si cela dure , il faut déserter la maison.

CÉLIANTE.

Va, Bourguignon a tort, si le baron le chasse.

toi LES DEHORS TROMPEURS.

LISETTE

Non; un discours très sage a cause sa disgrâce :

C'est pour l'appartement que monsieur de Forlia

Occupe da;is l'hôtel quand il est à Paris.

Monsieur, qui sûrement l'attend cette semaine,

Vient d'y mettre un abbé qu'il ne commît qu'à peine.

Le pauvre Bourguignon a voulu bonnement

Hasarder là-dessus son petit sentiment :

« Monsieur, dit-il, je dois, en valet qui vous aime,

« Avouer que je suis dans une crainte extrême

« Que monsieur de Forlis ne soit scandalisé

« De se voir déloger ainsi d'un air aisé.

« C'est un homme de nom , c'est un vieux militaire ,

<• Gouverneur d'une place, et que chacun révère.

<• Vous lui devez, monsieur, un respect infini,

« Et d'autant plus qu'il est voti'e ancien ami,

« Et qu'il doit à Paris incessamment se rendre,

« Pour couronner vos feux, et vous faire son gendre.

A peine a-t-il fini , que son zèle est payé

D'un soufflet des plus forts, et de trois coups de pié.

Piévolté de se voir maltraiter de la sorte ,

Il veut lui répliquer; il est mis à la porte.

Moi , je veux, par pitié, parler en sa faveur,

Mais, loin de s'apaiser, monsieur entre en fureur,

A moi-même il me dit les choses les plus dures

Mon oreille est peu faite à de telles injures.

.l'ai lieu d'être surprise, et j'ai peine a penser

Qu'un homme si poli les ait pu piononcer.

On tel rapport m'étonne.

A Ci i; I. SCÈN-E I. lo-i

LISETTI'.

Il 'est pourtant fide le.

Son service est trop dur. Sans vous, mademoiselle , Dont la bonté m'attache, et m'arrête aujourd'hui. Je ne resterais pas un moment avec lui.

CE LIANTE

Mais mon frère est si doux.

LISETTE

Oui, rien n'est plus aimable :

Son commerce est charmant, sou esprit agréable, Quand on n'est avec lui qu'en simple liaison. Mais il n'est plus le même au sein de sa maison : Cet homme , qui paraît si liant dans le monde . Chez lui quitte le masque; on voit la nuit profonde Succéder sur son front au jour le plus serei:; , Et tout devient alors l'objet de son chagrin. Je viens de l'éprouver d'une façon piquante. De sa mauvaise humeur vous n'êtes pas exempte.

CÉLIANTE.

Lisette, il n'est point d'homme à tous égards parfait.

LISETTE

r.ieu n'est pire que lui, quand il se montre en laid.

CÉLI.i NT F.

Tu dois...

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