ACTE I, SCÈNE VI. i i
LE RAHO.N.
Je suis l'exemple; et je cède à l'usage : C'est un joug établi que subit le plus sage.
Je vous coniiois, baron, il n'est pas fait pour vous :
Vos amis à ce nœud doivent s'opposer tous.
L'hymen en vous va faire un changement extrême;
Le monde y perdra trop, vuas y perdrez vous-même
La moitié tout au moins da prix que vous valez.
Etre couru, fêté par-tout où vous allez,
Être aimable, amusant, et ne songer qu'à plaire,
Voilà votre état propre, et votre unique affaire.
L'homme du monde est né pour ne tenir à rien ;
L'agrément est sa loi, le plaisir son lien :
S'il s'unit, c'est toujours d'une chaîne légère,
Qu'un moment voit former, qu'un instant voit défaire :
Il luit jusqt'.es au nœud d'une sotte amitié;
Il est toujours liant, et n'est jamais lié.
LE BARON
Le ciel pour tous les rangs m'a formé sociable.
LA COMTESSE
Non; je lis dans vos yeux que l'hymen redoutable Doit aigrir la douceur dont vous êtes pétri, Et d'un gai'çon charmant faire un triste mari.
LE MARQUIS
Monsieur ne doit pas craindre un changement semblable Pour l'éprouver, madame, il est ne trop aimable Je suis sur qu'il a fait d'ailleurs un choix trop bon.
Mon cœur a pris, sur-tout-, conseil de ta raison.
n6 LES DEHORS TROMPEURS.
LA COMTESSE
Conseil de la raison! Juste ciel ! Quel langage!
LE BAROX.
On doit la consulter en fait de mariage.
LA COMTESSE
Je pardonne au marquis d'oser me la citer;
Mais vous et moi, monsieur, devons-nous l'écouter?
Nous sommes trop instruits qu'elle est une chimère.
LE MARQUIS
La raison , chimère !
LA COMTESSE
Oui.
LE MARQUIS
L'idée est singulière.
LA COMTESSE
C'est un vieux préjugé qui porte à tort son nom.
LE MARQUIS
Pour moi , je reconnois une saine raison. Loin d'être un préjugé, madame, elle s'occupe A détruire l'erreur dout le monde est la dupe; Nous aide à démêler le vrai d'avec le faux, Épure les vertus, corrige les défauts; Est de tous les états comme de tous les âges , Et nous rend à-la-fois sociables et sages.
LA COMTESSE
Moi, je soutiens qu'elle est elle-même uu abus, Qu'elle accroît les défauts et gâte les vertus; Étouffe l'enjouement, forme les sots scrupules, Et donne la naissance aux plus grands ridicules ; De laine qui s'eléve arrête les progrès;