LE B AH OH
Celle du premier ordre, a qui la bourgeoisie
Donne vulgairement le titre de folie;
Qui met sa grande étude à badiner de tout ,
Est mère de la joie et source du bon goût;
Au milieu du grand monde établit sa puissance ,
Et de plaire à ses yeux enseigne la science,
Prend un essor hardi, sans blesser les égards,
Et sauve les dehors jusque dans ses écarts;
Brave les préjugés et les erreurs grossières,
Enrichit les e9prits de nouvelles lumières,
Echauffe le génie, excite les talents,
Sait unir la justesse aux traits les plus brillants
Et, se moquant des sots dont l'univers abonde
ii8 LES DEHORS TROMPEURS.
Fait le vrai philosophe et le sage du monde.
LA COMTESSE
L'heureuse découverte! Adorable baron!
Vous venez pour le coup de trouver la raison; Et j'y crois à présent, puisqu'elle est embellie De tous les agréments de l'aimable folie. Le marquis à ses lois ne se soumettra pas ; A la vieille raison il donnera le pas.
LE MARQUIS
Une telle folie est la sagesse même;
Je cède , comme vous , à son pouvoir suprême.
la comtesse, montrant le baron.
Mais les plus grands efforts lui deviennent aises; Il accorde d'un mot les partis opposés. Quel liant dans l'esprit et dans le caractère!... Adieu... J'ai ce matin des visites à faire. A trois heures chez moi je vous attends tous deux. Vous , baron , renoncez à l'hymen dangereux : Vous ne devez avoir que le monde pour maître. La raison, qu'aujourd'hui vous me faites connoître, Vous parle par ma bouche et vous fait une loi De vivre indépendant et libre comme moi. Soyons toujours en l'air : des choses de la vie Prenons la pointe seule et la superficie. Le chagrin est au fond, craignons d'y pénétrer. Pour goûter le plaisir, ne faisons qu'effleurer.
( Elle sort. )