‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BoissyChapitre 99 sur 194 · ACTE II, SCENE II. i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. i

Le devoir rue linspire, il faut que je l'écoute. De l'erreur d'un ami j'abuse trop long-temps , Je veux la dissiper dans ces mêmes instants , Et je vais sans détour, à quoi que je m'expose, De mon trouble secret lui déclarer la cause.

LE BARON

Ah! gardez-vous-en bien, vous allez tout gâter.

LE MARQUIS

Juste ciel ! est-ce vous qui devez m'arréter?

LE BARON

Oui, vous allez commettre une extrême imprudence: Mais a-t-on jamais fait pareille confidence?

LE MARQUIS

Eh quoi! voulez-vous donc que je trompe en ce jour Un homme que j'estime, et qui m'aime à son tour?

LE BARON

Oui, trompez-le, monsieur.

LE MARQUIS

C'est lui faire un outrage.

Trompez-le encore un coup, trompez-le; c'est l'usage.

LE MARQUIS

Vous me le conseillez?

LE BARON

Très fort , et je fais plus ; Je l'exige de vous.

LE MARQUIS

Je demeure confus.

LE BARON

Mais dans vos procédés je ne puis vous comprendre.

i 36 LES DEHORS TROMPEURS.

Vous avez pour cet homme une amitié bien tendre ; Et, portant à son cœur le coup le plus mortel, Par un aveu choquant autant qu'il est cruel , Vous voulez faire entendre à sa flamme jalouse, Que vous êtes aimé de celle qu'il épouse ! Si quelqu'un s'avisoit de m'en faire un égal , Par moi son compliment seroit reçu fort mal.

LE M a r o u i s.

Ces mots fermeut ma bouche , et changent ma pensée ; Mon ardeur, puisqu'enfin elle s'y voit forcée, Va suivre le parti que vous lui proposez : Mais souvenez-vous bien que vous l'y réduisez, Que vous êtes , monsieur, garant de ma conduite , Que vous deviendrez seul coupable de la suite; Et que, si trop avant je me laisse entraîner, C'est vous , et non pas moi , qu'il faudra condamner.

LE BARON

Quoi qu'il puisse arriver, je prends sur moi la chose; Sur ma parole, osez.

Je vous crois donc , et j'ose.

LE BARON

Avant que vous sortiez, je serois curieux

Que vous vissiez l'objet... Mais il s'offre à nos yeux.

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