SCÈNE IL MARINE, ZAIDE
MARINE
Vous fuyez tout le monde, Zaïde?
Z.\ÏDE.
Laisse-moi.
MARINE
Je ne vous connois plus depuis hier.
ZAÏDE
Je ne me connois pas moi-même.
MARINE
Qu'avez-vous?
ZAÏDE
Je ne sais.
MARINE
J'ai vu le temps que vous n'aviez rien de secret pour moi.
ZAÏDE
Je n'ai aucun secret à te dire.
M ARINE.
Vous ai-je désobligée en quelque chose?
ZAÏDE
Non; tu m'es toujours chère.
MARINE
La comtesse ne vous fit-elle pas bon accueil?
i88 LE MUET
ZAÏDE
Au-delà de tout ce que je pouvois attendre.
MARINE
D'où vient donc cette inquiétude?
ZAÏDE
Hélas ! es-tu surprise de voir quelque chagrin à une malheureuse qui ne connoît ni ses parents ni sa patrie?
MARI5E
Vous ne les connoissiez pas mieux hier. II y a ici quelque chose de nouveau.
ZAÏDE
Que veux-tu qu'il y ait?
Je ne sais ; mais vous n'avez pas coutume d'être ainsi. Hier toute la maison étoit dans la joie , et le muet que Timante a envoyé à madame réjouit tous ceux du logis; vous seule ne rîtes point. Chacun lui fit des signes, auxquels il répondoit avec une grâce dont on étoit charmé : vous ne daignâtes pas lui en faire; et, dans le moment qu'on y prenoit le plus de plaisir, vous vous retirâtes brusquement dans votre chambre. Le pauvre garçon en parut tout triste , et il ne fut pas possible de le remettre de belle humeur après que vous fûtes sortie.