‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BruéysChapitre 130 sur 236 · SCÈNE IL MARINE, ZAIDE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL MARINE, ZAIDE

MARINE

Vous fuyez tout le monde, Zaïde?

Z.\ÏDE.

Laisse-moi.

MARINE

Je ne vous connois plus depuis hier.

ZAÏDE

Je ne me connois pas moi-même.

MARINE

Qu'avez-vous?

ZAÏDE

Je ne sais.

MARINE

J'ai vu le temps que vous n'aviez rien de secret pour moi.

ZAÏDE

Je n'ai aucun secret à te dire.

M ARINE.

Vous ai-je désobligée en quelque chose?

ZAÏDE

Non; tu m'es toujours chère.

MARINE

La comtesse ne vous fit-elle pas bon accueil?

i88 LE MUET

ZAÏDE

Au-delà de tout ce que je pouvois attendre.

MARINE

D'où vient donc cette inquiétude?

ZAÏDE

Hélas ! es-tu surprise de voir quelque chagrin à une malheureuse qui ne connoît ni ses parents ni sa patrie?

MARI5E

Vous ne les connoissiez pas mieux hier. II y a ici quelque chose de nouveau.

ZAÏDE

Que veux-tu qu'il y ait?

Je ne sais ; mais vous n'avez pas coutume d'être ainsi. Hier toute la maison étoit dans la joie , et le muet que Timante a envoyé à madame réjouit tous ceux du logis; vous seule ne rîtes point. Chacun lui fit des signes, auxquels il répondoit avec une grâce dont on étoit charmé : vous ne daignâtes pas lui en faire; et, dans le moment qu'on y prenoit le plus de plaisir, vous vous retirâtes brusquement dans votre chambre. Le pauvre garçon en parut tout triste , et il ne fut pas possible de le remettre de belle humeur après que vous fûtes sortie.

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