ACTE 111, SCÈNE XII. 2i
avec tous les jargons que je parlerai , je l'en défie. Où avez-vous mis les bardes que je vous dis hier de cacher?
LE CHEVALIER
Tu les trouveras là dans ce cabinet, où personne n'entre que moi. Mais nous nous hâtons trop de donner cette alarme à mon père : je devrois savoir auparavant comment ma passion est reçue de Zaïde, Je vais peut-être encourir à îa fois l'indignation de deux personnes que je respecte et que j'adore.
FROSTI^.
Quoi! vous n'avez pas encore parlé à Zaïde?
LE CHEVALIER
J'en ai toujours été empêché par quelque nouvel obstacle, et si tu n'étois venu tantôt, j'allois me découvrir devant Marine.
FRO>TI>'
J'ai rompu les chiens fort à propos; vous auriez fort mal fait. Il ne faut pas risquer que ceci vienne à la connoissance de la comtesse ; elle est glorieuse, délicate, et hautaine, et ne voudroit pour rien au monde être soupçonnée d'avoir eu quelque part en toute cette intrigue.
LE CHEVALIER
Attends donc que j'aie pu savoir si Zaïde approuve...
FRONTIN
Commençons par le plus difficile, gagnons votre père : puisque Zaïde vous connoît , je la tiens dëja rendue.
LE CHEVALIER
Comment l'oser espérer?
F ROTIN
Vous moquez-vous? Vous ne connoissez pas votre mérite: vous êtes un trésor, au moins, pour être aimé du sexe; et seroit-il quelque prude qui résistât à un beau jeune homme comme vous, s'il l'avoit une fois persuadée qu'il put s'empêcher de parler? Rendons-nous seulement maîtres du bon vieillard; et puis, de votre côté, tâchez à parler à Zaïde dans la journée.jll faut que ce jeu finisse avant le retour de mon maître : il ne consentiroit jamais qu'on jouât ce tour à son père. Je vais quérir le médecin ; adieu. J'entends votre père qui revient; tenez-vous là, et jouez bien votre rôle.
{Il sort.)