SCÈNE I
M. G U I L L A U M E , seul sur la scène; M. PATELIN, dans sa maison.
M. GUILLAUME, à pai't.
Il est du devoir d'un homme bien refait' de récapituler le matin ce qu'il s'est proposé de faire dans sa jour lée; voyons un peu. Premièrement, je dois recevoir, à cinq heures, trois cents écus de monsieur Patelin, pour une dette de feu son père; plus, trente écus pour six aunes de drap qu'il prit hier ici; item, une oie à dîner chez lui, apprêtée de la main de sa femme : après cela comparoître à l'ajournement devant le ju(je <'ontre Agnelet, pour six-vin^^ts moutons qu'il m'a volés. Je pense que voilà tout. ( regardant à sa montre.) Mais, ouais ! il y a long- temps que l'heure est passée, et je ne vois point venir mon homme: allons le trouver. !Xon, un honune si exact ne me manquera pas de parole. Cependant il a mon drap, et je n'ai point de ses nouvelles.
L'AVOCAT PATELIN. 3o3
Que faire? Faisons semblant de lui rendre visite, et sachons un peu de quoi il est question, (écoutant à la porte de M. Patelin.) Je crois qu'il compte mon argent, [flairant a la porte.) Je sens qu'on apprête l'oie. Frappons. ( Il frappe.) M. PATELIN ., dans la maison.
Ma fem... me?
M. GUILLAUME, n pa?f.
C'est lui-même.
M. PATELIN, dans la maison.
Ouvrez la porte... voila l'apothicaire.
M. G U I L L A U M E , rt part. L'apothicaire !
M. v\TELins.,dans la TTiaison.
Qui m'apporte l'êmétique, lêméti... i.,. que.
M. GUILLAUME, rt /Jrtrf.
L'êmétique ! C'est quelqu'un qui est malade chez lui, et je puis n'avoir pas bien reconnu sa voix à travers la porte. Frappons encore plus fort. ( // frappe. )
M. PATELiiN', dans la maison.
Caro...o...giie! ma... a... sque! ouvriras-tu... u...
3o4 ' L'AVOCAT PATELIN.