ACTE II, SCÈNE II. 3o
jjme PATELIN.
Hélas! le pauvre homme, il est bien en e'tat d'être vu !
M. GUILLAUME
Comment ! que lui seroit-il arrivé depuis hier?
M™« PATELIN
Depuis hier? Hélas! monsieur Guillaume, il y a huit jours qu'il n'a bougé du lit.
M. GUILLAUME
Du lit ? Il vint pourtant hier chez moi.
jinie PATELIN.
Lui, chez vous?
M. GUILLAUME
Lui chez moi; et il étoit même fort gaillard et fort dispos.
Mme PATELIN.
Ah! monsieur; il faut sans doute que cette nuit vous ayez rêvé cela.
M. GUILLAUME
Ah! parbleu, ceci n'est pas mauvais, rêvé! Et mes six aunes de diap qu'il emporta, l'ai -je rêvé ?
jime PATELIN.
Six aunes de drap?
M. GUILLAUME
Oui, six aunes de drap, couleur de niairou;
3o() L'AVOCAT PATELIN.
et l'oie que nous devons manger à dîner, eh !
l'ai-je rêve'?
Mme PATELIN.
Que vous prenez mal votre temps pour rire!
M. OriLLAUME.
Pour rire ? Ventrebleu! je ne ris point, et n'en ai nulle envie. Je vous soutiens qu'il emporta hier sous sa robe six aunes de drap.
Mme PATELIN.
Hëlas ! le pauvre homme, plut au ciel qu'il fut en état de l'avoir fait ! Ah! monsieur Guillaume, il eut tout hier un transport au cerveau qui le jeta dans la rêverie où je crois qu'il est encore.
M. GriLLAt'ME.
Oh! par la tête-bleu ! vous rêvez vous-même, et je veux absolument lui parler.
Mine PATELIN.
Oh! pour cela, en l'état où il est, il n'est pas possible : nous l'avons mis là sur un fauteuil auprès de la porte, pour faire son lit ; si vous le voyiez, il vous feroit pitié.
M. G L ILL A i: ME.
Bon, bon, pitié!... (voulant entrer chez M. Patelin.)En quelque état qu'il soit, je prétends le voir, ou...