LE JOUR DE LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION
O mon ami, tu meurs! Atteinte pressentie!
Mais dans quel jour je la reçoi !
Epoque vraiment inouïe !
Dure fatalité qui dut marquer ma vie,
Et qui force à parler de soi
Quand la douleur veut qu'on s'oublie.
Ta dernière pensée a donc été pour moi.
Et ton dernier vœu pour ma gloire ' ! Ce trait peut-il jamais sortir de ma mémoire
Et de ce cœur qui fut à toi?
La peine et le plaisir, telle est la loi commune , S'étoient toujours suivis, précédés tour-à-tour: Le bonheur pour moi seul est dans le même jour
Étouffé sous mon infortune.
Quelle joie en mon ame eût pu trouver accès? Mou laurier!... Qu'ai-je dit? la tige eu est flétrie,
' « Qu'on m'apprenne le plus tôt qu'il se pourra le succès « de la fleuve du Malabar, cela me fera passer une boaue « nuit. » Foilà les dernières paroles de M. Dokat.
2o!? AUX MANES DE DORAT
J'en ai vu sortir ton cyprès;
J'ai l)u la céleste ambrosie
Dans le vase amer des regrets.
Absent, je te cherchois d'un oeil involontaire,
A ce spectacle où tu cueillis
La p.jlme du Célibataire .^
Eu dépit de tes ennemis;
A ce théâtre où le sufFrajje De ton esprit exempt des mouvements jaloux
Eût an destin de mon ouvrage
Ajouté des charmes si doux.
Mais lu n'es plus, et de ténèbres J'ai vu couvrir la scène en ces cruels moments :
Au lieu des applaudissements, Je n'ai plus entendu que des hymnes funèbres;
Au lieu de jouir, j'ai frémi.
La douleur remplissoit mon ame; Et des pleurs que peut-être a fait verser mon drame, J'ai détourné le cours vers l'urne d'un ami. Eh! quel mortel, ô gloire, épris de ton phosphore. Par la publique voix aux cieux fùt-il porté. Dans les pertes du cœur peut respirer encore
Les parfums de la vanité?
Malheur irréparable! ami doux et facile, Nouveau Quintilius à jamais regretté.
Tu manqueras sans cesse à mon cœur attristé: Par ma douleur au moins j'imiterai Virgile.
Lorsque privé de Colardeau, Tu jetois des fleurs sur sa cendre.
Ah ! comme lui dans le tombeau ,