‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 198 sur 207 · ACTE IV, SCENE VIII. lO.S · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII. lO.S

N'allons point rendi-c vains par d'aveugles transports Les prodiges qu'un dieu fait pour nous sur ces bords.

LE GÉNÉRAL

Eh! que peux-tu pour elle en ce péril extrême?

LE JEUNE BRAMINE

Il est un souterrain caché dans ces murs même. Et par où l'on m'a dit qu'une femme autrefois Fut soustraite à prix d'or à la rijjueur des lois: Il répond dans ces lieux à cette fosse ardente Où doit s'ensevelir la victime innocente; Et par d'autres détours à la mer il conduit. Bientôt la trêve expire, et le meurtre la suit ; Si le bramine allier presse le sacrifice. Au défaut de la force employons l'artifice. Moi du sein de ce temple avec vous au-dehors, Le ciel, c'est mon espoir, va servir nos efforts.

LE GÉNÉRAL

Si près, et si loin d'elle! ah! chaque instant me tue. Je frissonne d'horreur; mon oreille éperdue, Dans des feux dévorants, croit entendre ses cris.

LE JEUNE BRAMINE

Ah , seigneur ! commandez encore à vos esprits. Redoutez aujourd'hui ce zèle fanatique, D'où sortiroit bientôt la révolte publique; Avec nous, dans ce temple, on sait votre entretien; Les esprits soulevés n'écouleroient plus rien. Pour sauver Lanassa quelque soin que je prisse, Vous-même vous feriez presser le sacrifice. Regagnez votre camp, pour Lanassa, pour vous;

Dérobez-vous sur-tout à de perfides coups.

LE GÉNÉRAL

Eh bien ! je veux t'en croire, et suis sans défiance: Mais de ton zèle ici pour première assurance, Viens donc chez le grand-prêtre abjurer devant moi Le ministère affreux qu'il n'a commis qu'à toi.

LE JEUNE BRAMINE

Que dites- VOUS? INon , non; il me faut, au contraire,

Feindre eucor de garder ce fatal ministère :

Il seroit aussitôt remis en d'autres mains.

Le délai nous sert mieux contre des inhumains.

LE GÉNÉRAL

Je cède à tes raisons ; ton zèle me rassure. Je servirai l'amour; cours servir la nature.

LE JEUNE BRAMINE

Ma sœur me résisloit; mais je vais l'informer

Quel bras en sa faveur aujourd'hui va s'armer.

Le grand-prêtre s'avance; adieu, seigneur; je tremble

Que le barbare ici ne nous surprenne ensemble ;

Adieu, comptez sur moi.

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