SCENE I
THESTOR,IPHIS.
IPHIS
Sous les murs d'ilion que cherchez-vous encore? Le feu depuis trois jours l'embrase et le dévore; Le carnage et l'horreur régnent de toutes parts, Et le sang de Priam fume sur ces remparts. Fuyez, craignez, seigneur, que les Grecs en furie...
THESTOR.
Calchas défend nos jours contre leur barbarie: Pontife chez les Grecs, et moi chez les Troyens, En consacrant mes droits il honore les sieus. Du glaive des vainqueurs nous n'avons rien à craindre
IPHIS
Faut-il de ce bienfait s'applaudir ou se plaindre?
Sommes-nous réservés à la honte des fers?
Dussé-je m'exposer aux plus aflVeux revers, Je déteste les cœurs qu'une amitié commune Fait flotter incertaius au gré de la fortune. Je fus cher à Priam tandis f[u'il fut heureux; J'adore de son sang les restes malheureux, Et je respecte en eux sa gloire anéantie. Dans quels gouffres de maux sa veuve est engloutie! D'autant plus exposée à de vives terreurs Qu'elle seule a creusé la source de ses pleurs. Priam, que si long-temps éclaira la sagesse, Succomba sous le poids de ia triste vieillesse. La reine gouverna le déclin de ses ans. Ou plutôt sous son nom fit régner ses enfants. Combien de fois l'riam voulut-il rendre Hélène! Mais les pleurs de Paris attendrirent la reine. Le courage d'Hector, qui brûloit d'éclater, Acheva malgré nous de tout précipiter Voilà de nos malheurs la souice trop amère; Hécube aimoit l'état, mais Hécube étoit mère; Nos farouches vainqueurs ne l'ignorèrent pas.
Je crains que le courroux n'ensanglante leur bras; Que d'objets de pitié vont tourmenter la reine, Andromaque et son fils, Cassaridre et Polyxène !
Calchas, sans s'expliquer sur leur triste destin, M'a fait de nos vain(jueurs entrevoir le dessein: Ctis rois, depuis trois jours plongés dans le carnage,