‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 33 sur 207 · ACTE IV, SCÈNE lïl · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE lïl

Mais, proscrit par les dieux, qui l'eût pu conserver? Cessez contre mon fils une recherche vaine, Un tombeau le dérobe aux traits de votre haine.

UI.YSSE.

Il est mort?

Pour sauver mon unique trésor.

Je l'avois renfermé dans le tombeau d'Hector; Mais qui peut fuir des dieux la volonté suprême? Mes pleurs n'ont pu tromper votre prudence extrême, Et ce tombeau fatal que l'on vient d'écraser...

ULYSSE

La feinte désormais ne peut plus m'imposer;

Je perce vos détours. Non, le cœur d'Andromaque

N'eût pu sans expirer soutenir cette attaque;

La tendresse de mère eût réglé votre sort;

Et puisque vous vivez, votre fds n'est point mort.

AKDROMAQUE.

Quoi, mon fils n'est point mort! Ulysse m'en assure. Heureux Grecs, triomplie/., je le vois sans murmure. Mon fils resprre; eh bien ! tous mes maux sont passés ; Partagez mon bonheur, vous qui me l'annoncez; Partagez... Mais vos yeux sont brûlants de colère; M'envieriez-vous mon fds? Hélas! vous êtes père. Et vous offrez au sort, pour vous punir un jour, Un cœur comme le mien , reni[ili du même amour.

ULYSSE

Non, non, de vos douleurs je saurai me défendre. Où le cache Thestor? c'est ce qu'il faut m'apprendre. Qu'il rende à ses vainqueurs votre malheureux fils;

Qu'il paroisse, on pourra l'épargner à ce prix.

ANDROMAQUr,.

OÙ le cache Thestor! Que prétend donc ta rage?

Quoi ! que naa main te livre un si précieux gage !

Si je savois quel lieu cache un dépôt si cher.

Crois, pour le révéler, que le ciel, que Tenler,

N'ont ni prix ni tourments capables de séduire

Ou d'étonner ce cœur que sa tendresse inspire.

Moi te livrer... ! Grands dieux, témoins de leurs excès,

Rendez à nos vainqueurs les maux qu'ils nous ont faits.

Des mains de ses enfants puisse périr le père

Qui, pour tuer un fils, le demande à sa mère!

ULYSSE

Thestor, au moins Thestor ne peut nous échapper;

Une enceinte de feu vient de l'envelopper.

Vous êtes de son sort justement alarmée:

On l'a vu dans le bois qui confine l'armée;

Et par-tout nos soldats lui fermant les chemins,

Il ne peut en sortir sans tomber dans nos mains.

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