SCÈNE IX
ULYSSE, THESTOR, IPHIS, gardes.
CLTSSE.
Thestor, où courez-vous? Gardes, qu'on le retienne.
THESTOR.
Grâce, grâce, seigneur, il faut que je l'obtienne. Polvxène...
ULYSSE
Sa mort est juste, c'est assez; Les Grecs à la hâter sont tous intéressés. Retournez à Samos, la barque est toute prête; Vos clameurs troubleroient l'éclat de cette fête- Le sang d'Achille crie, et son ombre en courrouv "N'a pas besoin ici d'un témoin tel que vous.
THESTOR.
Ouelle fête, grands dieux! quel spectacle terrible,
')ù l'innocence meurt dans un supplice horrible,
Où, sans lois et sans frein, l'affreuse cruauté
Kst poussée au-delà de l'inhumanité !
Honorez ce héros des titres les plus rares :
Mais pour mieux l'honorer faut-il être barbares?
Faut-il ne distinguer ni l'âge ni le rang,
Kpouvanter la terre, et nager dans le sang,
Faire rougir le ciel de le croire capable
De se plaire aux fureurs d'un zèle abominable?
ULYSSE
Thestor!
THESTOR.
En le plaçant parmi les immortels,
Donnez-lui des vertus dignes de leurs autels; Ne le supposez plus violent, san^uinaiie, Avide de carnage et bouillant de colère. Les dieux jouiroient-ils d'un suprême bonheur, Si la rage barbare empoisonnoit leur cœur? Tous les hommes n'ont plus qu'une même patrie , Sitôt qu'ils ont franchi les bornes de la vie. La mort également les marque de son sceau; La haine et l'intérêt meurent dans le tombeau; Les folles passions n'en troublent point l'asde. Hector sans être ému voit les mânes d'Achille. Loin de leur imputer nos aveugles transports, Prenons les sentiments de ces illustres morts. Achille ne veut point la mort de Polyxène ; Et si vous le croyez susceptible de haine, C'est à de vih mortels que ^■ous le comparez. Et pour en faire un dieu vous le déshonorez.
ULYSSE
Les dieux peuvent-ils trop détester des perfides Que n'étonnèrent pas les plus noirs parricides? La paix étoit signée , et , pour la confirmer, Le flambeau de l'hymen tout prêt de s'allumer. Achille, qu'embrasoient les yeux de Polyxène, La guidoit à l'autel à côté de la reine; De la main de Paris atteint d'un coup mortel, Ce héros tout sanglant tombe aux pieds de l'autel. «Vengez-moi, nous dit-il, d'une injuste famille; « Je voue à vos fureurs et la mère et la fille ; « Contraignez-lés un jour à gémir dç ma mort. » Pourrions-nous oublier son déplorable sort?