SCÈNE II
HÉCUBE, TIIESTOR, IPHIS, cardes.
HÉCUBE
Est-ce vous, ami toujours fidèle, Dont le sort en courroux ne peut lasser le zèle? Dans le sein du malheur vous osez nous chercher. Ah ! Thestor, sans frémir pouvez-vous m'approcher?
TIIESTOR.
^Madame, vous savez toute la bienveillance lïont l'riam m'honora dès ma plus tendre enfance: J'ai joui quarante ans des bontés de mon roi ; Je mourrai, s'il le faut, victime de ma foi.
HÉCUBE
C'est moi qui l'ai perdu ce roi trop magnanime. C'est moi dont la fierté l'eatraina dans l'abyme,
8 LES TP.OYENNES. /
Le jour c|ue, malyré vous captivant ses esprits. J'arrachai son aveu pour l'hymen de Paris. Dans cet affreux moment je croyois être mère, Dès-!ors j'en démentis le sacré caractère. Il a fallu, Thestor, pour dessiller mes yeux, Que Troie eût épuisé les vengeances des dieux: Puis-je les désarmer par des regrets stériles?
THESTOR.
Pourquoi vous y livrer, puisqu'ils sont inutiles? Des crimes des Troyens ce fut le châtiment.
HÉCUBE
Hé! devois-je, Thestor, en être l'instrument?
Le ciel m'en a punie: épouse, mère, reine,
A chacun de ces noms il attache sa peine.
Pyrrhus, dont la fureur anime tous les coups,
Fit jaillir jusqu'à moi le sang de mon époux.
Comme de tendies fleurs au matin moissonnées,
Mes fils ont vu trancher leurs tristes destinées;
La guerre, dont j'ai seule allumé le flamheau.
Les a précipités dans la nuit du tombeau.
Reine, où sont mes sujets? Qu'en reste-t-il? des femmes.
Des enfants, des vieillards, qu'ont épargnés les flammes,
Attendant comme moi d'un vainqueur irrité
Une mort trop tardive ou la captivité.
O souvenir cruel de ma gloire passée!
J'ai vu dans un moment ma grandeur terrassée.
Époux, enfants, sujets, il ne me reste plus
Que le remords vengeur de vous avoir perdus !
THESTOR.
Eh , madame ! éloignez cette image terrible.