SCÈNE II
0 RESTE, seul, s avançant sur le bord du théâtre.
Ah, malheureuK Oreste!
Pour m'accabler encor, quel bras appesanti Rappelle au sentiment mon coair anéanti ?... Cieux! quel enfer me suit! quels tourments effroyables! Laissez-moi respirer, spectres impitoyables. C'est le crime des dieux.... je n'ai fait qu'obéir.... Mais vous, qui me donnez le droit de vous haïr, Auteurs de mon forfait, auteurs de mon supplice, Dieux bizarres, parlez, quel est votre caprice? Du fond de mon exil vous m'arrachez tremblant; Vous mettez dans mes mains un glaive étincelant;
De mon père égorgé par sa fureur jalouse
Vous marquez à mes coups la parricide épouse:
Je recule, je crains... Cruels, vous menacez;
Je me soumets, je frappe... et vous me punissez!...
C'est peu. N'apercevant dans la nature entière
Qu'un gouffre épouvantable, et l'ombre de ma mère,
N'en pouvant soutenir le fantôme odieux.
Je cours vous implorer, impitoyables dieux.!
Vous me nommez ces lieux, <(u'au meurtre on prostitue.
Vous m'annoncez qu'il faut en ravir la statue,
Et transporter ailleurs ses autels profanés.
Pour m'arraclier au trouble où vous me condamnez ;
Je pars, et tu me suis , ami fidèle et rare !
Mais entrant dans le port l'orage nous sépare.
Poussé sur les écueils, par la foudre embrasé,
Alon vaisseau, loin du tien , vole en éclats brisé.
Englouti sous les flots, privé de la lumière,
J'iguore qui me rend à ma fureur première.
Mais sur quelles horreurs s'arrêtent mes regards?
Sur ces marbres cruels quels traits de sang épars !
.Mes plus affreux malheurs sont-ils ceux que j'ignore?
Pyladei... Achève, ô ciel! frappe, je vis encore....
O rage! Oui , c'est son sang. Me laissant mon ami ,
l.es dieux ne m'auroient cru malheureux qu'à demi.
«4 (PHIGËNIE EN TAURIDE.