ORESTE, PYLADE
ORESTE
iinfin, nous voilà seuls, et libres de contrainte;
Je peux et respirer et te parler sans crainte,
Avant qu'un même sort, trop long-temps attendu,
Fasse couler mon sang dans le tien confondu.
Un soin nouveau se mêle au trouble qui me presse;
O mon ami ! dis-moi , quelle est cette prêtresse.
Dont le sensible cœur, digne de sa beauté.
Sait dans les malheureux chérir l'humanité?
Quel intérêt secret, que je ne peux comprendre,
Au sort d'Agamemnon ici peut-elle prendre?
D'où \ ient qu'à son aspect s'éclaircissoit la nuit
Qu'autour de moi répand le malheur qui me suit?
Par (juel charme inconnu la terreur qui me glace,
A d'autres soins plus chers dans mon sein faisoit place?
Quels sont les sentiments dont j'éprouvois l'attrait'
EnHn, de mes remords qui peut m'avoir distrait?
PYLADE
En cet instant fatal, que ton honneur réclame, Quel méprisable soin vient agiter ton ame?
y8 {PUIGEISIE EN TAURIDE.
De quoi va s'occuper ton esprit égaré,
Taudis que sur l'autel le glaive est préparé?
Où t'emportent les pleurs d'une femme étrangère,
Qu'aura versés sur nous sa pitié passagère?
Uéja trop ébranlé par tes premiers tourments ,
Veux-tu perdre l'honneur de tes derniers moments?
Remplis plutôt ton cœur du soin de ta mémoire;
Meurs sans honte, du moins, s'il faut mourir sans gloire
iVIaîire de tes transports, impose à tes bourreaux,
Et ne leur laisse voir, de toi, que le héros.
Un grand cœur ne connoît de tourment que la honte;
Il cède à sa rigueur; le reste, il le surmonte.