SAINT-ALBIN, CÉCILE, LE PÈRE DE FAMILLE
(Saint-Albin marque d'abord de l'impatience à l'approche de son père : ensuite il reste immobile.)
LE PÈRE DE FAMILLE
Tu me fuis, et je ne peux l'abandonner!... Je n'aiplus de fils, et il te reste toujours un père!... Saint-Albin, pourquoi me fuyez-vous?... Je ne viens pas vous affliger davantage, et exposer mon autorité à de nouveaux mépris... Mon fils, mon ami, tu ne veux pas que je meure de chagrin... Nous sommes seuls. Voici ton père, voilà ta sœur : elle pleure , et mes larmes attendent les tiennes pour s'y mêler... Que ce moment sera doux, si tu veux ! Vous avez perdu celle que vous aimiez, et vous l'avez perdue par la perfidie d'un homme qui vous est cher.
i06 LE PERE DE FAMILLE.
SAINT-ALBIN, en levant les yeux au ciel, avec fureur.
Ah!
LE PÈnE DE FAMILLE.
Triomphez de vous et de lui. Domptez une passion qui vous dégrade. Montrez-vous digne de moi... Saint- Albin , rendez-moi mon fils. (Saiiit- Albin s éloigne. On voit qu'il voudrait répondre aux sentiments de son père, et qu'il ne le peut pas. Le père de famille suit son fils, en lui criant avec violence : ) Rends-moi mon fils.. . rends-moi mon fils. (Saint-Albin va s'appuyer contre le mur, élevant ses mains et cachant sa tête entre ses bras. ) Il ne me répond rien. Ma voix n'arrive plus jusqu'à son cœur. Une passion insensée l'a fermé: elle a tout détruit. Il est devenu stupide et féroce. Çïl se renverse datis un fauteuil et dit:) O père malheureux! Le ciel m'a frappé : il me punit dans cet objet de ma foiblesse... J'en mourrai. ..Cruels enfants! c'est mon souhait... c'est le vôtre...
CÉCILE, s approchant de son père en sanglotant.
Ah, mon père!
LE PÈRE DE FAMILLE
(iOnsolez-vous... Vous ne verrezpas long-temps mon chagrin...