SCÈNE U
LISETTE, LUCILE, LISIDOR.
LUC ILE, d'un ton naïf.
Ah! vous voilà, monsieur?
LISIDOR.
Quelles que soient mes occupations, belle Lucile, mes sentiments pour vous se justifient par ma conduite. Je consacre à vous attendre tous les moments où je suis privé de vous voir.
LUCILE
Je ne m'étonne plus si la fin du dîner m'a tant ennuyée.
i.isiDon.
Que cet aveu m'enchante! ce qui ne seroit qu'un trait ingénieux de la part d'une coquette , devient un sentiment dans votre bouche.
LUCILE
Gardez-vous d'en tirer avantage, je ne sais plus ce que je vous ai dit: je suis si troublée! ma mère m'a tant grondée !
LISIDOR.
Et pourquoi?
LUCILE
Figurez-vous qu'elle n'a presque point dîné , parcequ'elle se dit malade : moi, j'ai cru lui faire ma cour en l'assurant qu'elle n'avoit jamais eu le teint meilleur; et point du tout je l'ai mise d'une humeur affreuse.
LISETTE
Vraiment, c'est que vous ignorez encore , mademoiselle, que rien n'est moins décent, dans le grand monde, que de jouir d'une santé parfaite : à quelque prix que ce soit, on veut inspirer un sentiment. Une jolie malade se fait plaindre , et pour la coquetterie la petite santé est une ressource, ne ILE.
Ah ! je te promets que, si j'eusse bien connu ce monde et ses travers, je n'aurois pas tant désiré de quitter la province.