SCÈNE II
achève une fleur de tapisserie; Cidalise prend nonchalamment un fil d'or, fait approcher de son fauteuil un tambour, et brode en bâillant une garniture de robe, tandis qu'Ismène, couchée sur le canapé , travaille un falbala de Marli : on entend des chevaux hennir, l'escalier retentir; un laquais annonce, et le marquis paroît. « Que «je suis heureux de vous trouver, mesdames! « mais que vois-je?Que ce point est égal! Comme « ces fleurs sont nuancées ! C'est l'ouvrage des « Grâces, c'est celui des fées, ou plutôt c'est le K vôtre. » Aussitôt il tire de sa poche un étui , dont assurément on ne le soupçonnoit pas d'être porteur; il y choisit une aiguille d'or, s'empare de la soie , et voilà moncojonel qui fait de la tapisserie. On le considère, on l'admire ; mais ce n'est rien encore. Il quitte Araminte et son ouvrage, il court à Cidalise, lui dérobe le tambour, et déjà sa main légère achève le contour de la fleur à peine commencée. Ismène, la minaudière Ismène, laisse alors tomber un regard, et ce regard veut dire : « Serai-je la seule délaissée? mon « ouvrage est-il indigne de vossoins? — Non, ma- «dame, non certainement,» reprend l'impétueux marquis. Il s'élance sur le canapé , saisit un bout du falbala , et accélère d'autant plus son ouvrage, qu'il est plus jaloux d'être auprès de
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l'aimable Ismèiie. Peignez- vous la surprise, l'extase de nos trois femmes; le marquis tire sa montre, suppose un renilez-vous et les quitte; mais que le fripon savoit bien avoir gravé dans leurs cœurs la plus profonde idée de son mérite ! C'est un homme unique, essentiel; un colonel qui brode, qui fait de la tapisserie; il est charmant, ilfaut se l'attacher; mais comment? Lucile est fille ; eh bien ! qu'il soit son époux. Le désirer, letUre etle vouloir, c'est l'ouvrage d'un moment; Araminte prononce, ses deux compagnes approuvent ; et c'est ainsi que des rares et précieux talents du marquis mademoiselle devient en ce jour la récompense et la victime... Mais chut, taisons-nous ; j'entends madame , et je doute fort que nos petites réflexions lui conviennent.