‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 168 sur 201 · L ISIDOR · texte numérisé non relu

L ISIDOR

Vous ne la voyez plus ?

ARAMINTE

Quelquefois encore.

LISIDOn.

Eh bien ?

ARAMINTE

Rêvez-vous, mon cher Lisidor? Que je me charge de Céliante , que je la conduise au spectacle! mais j'aimerois autant y mener ma fiUe. Vous ne la connoissez donc pas ? C'est la plus maussade petite créature, d'une indolence, d'une langueur. Cela n'a pas vingt ans, et madame affecte de ne se parer jamais; elle ne met ni diamants ni rouge ; elle semble dire : « Regardez-moi, «je suis jolie; mais ces charmes-là sont à moi, ■I il n'y a point d'art , je n'en ai que faire : la na-

SCKNK !V. 269

1. ture a |)ouivu à tout....» Joij'iiez à cela sou impertinente manie de ne porter jamais que des ajustements jaunes, et de se placer toujours à côte de moi qui suis blonde.

LIS mon.

J'ignorois ces motifs ; mais seroient-ils assez puissants pour vous faire renoncer au plaisir que vous vous promettiez au spectacle?

AKAMINTE.

Assurément. D'ailleurs, où Céliante vit -elle? A-t-on jamais vu quatre femmes d'un certain état se resserrer dans une loge , et braver en public tous les hasards de la chaleur? Pour moi, je n'y tiendroispas, et puis il faudroit au moins cinq ou six hommes pour nous conduire, et tout cela ressembleroit à un lendemain de noces. Allons , que ce tracas-là finisse. Que l'on dise à Céliante que j'ai... ma migraine, et que notre partie est remise. Je resterai chezmoi, j'y verrai du monde. Faites savoir que je suis visible. {Lisette sort.) (à Lisidor. ) Aussi bien le baron m'a-t-il écrit qu'il viendroit ce soir; s'il ne me trouvoit pas, il faudroit bouder des siècles. Mais qu'entends-je ? seroit-ce déjalui?Je vousgarde, au moins, Lisidor. i.isinoB.

Je serai bien flatte de le coimoitre.

ARAMINTE

Ne m'abandonnez pas, je vous en prie , atout l'ennui d'un tête - à - tête de cette espèce. Cet homme est un original dont le caractère... Eh! bonjour, mon cher baron.

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