‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 17 sur 201 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CALISTE, MONTALDE.

Non , je ne puis souffrir le départ du perfide. Ne me demandez point quel intérêt me guide; Ce nionstre , malgré moi , préside à mes destins. Qu'il demeure... il le faut.

Madame, f[ue je crains...

CALISTE

Il fuit !

:M o N T AL D E.

Déjà la voile aux veuts abandonnée...

Mais, de quel soin votre ame est-elle importunée? Ah ! que Lothario quitte à jamais ces bords ! Cruel dans ses forfaits , il l'est dans ses remords.

CALISTE

Quel discours?

MONTALDE.

Pardonnea... votre vertu... son crime.

CALISTE

J'entends! il a comblé le malheur qui m'opprime!

CALÏSTK. ,^7

De son lâche triomphe il a semé le bruit! On ose m'en parler! Montalde en est instruit! Ah ! tlii moins, inconnue au milieu de mes peines, Je cachois dans la nuit la honte de mes chaînes; Mais , qu'un monstre , aux affronts dont il put m'accabler, Ajoute encor celui d'oser les révéler, Oiî'il veidlle que Caliste, en spectacle livrée, Aux yeux du monde entier vive déshonorée , Qu'il m'oblige à souffrir, dans ces moments d'horreurs, Jj'offensante pitié du témoin de mes pleurs, < :'en est trop ! Je succombe à cet excès d'injure !

MONTA LDI-.

!,(' repentir...

CALISTE

N'est point dans son ame parjure, t) ciel ! Et sur nos bords j'allois le retenir! Non , non : je m'abandonne à mon triste avenir. Ah ! tout cède au tourment de le voir, de l'entendre ! Qu'eût-il fait, après tout, et qu'en pouvois-je attendre? .Sa haine et son amour ont d'égales fureurs. (Jui, qu'il fuie et me livre à toutes mes douleurs. Le regret n'a point part au courroux qui m'anime , Il est ajffreux d'aimer ceux que l'on mésestime.

MONTA LDK.

Lothario...

CALISTE

Qu'il parte... Il est un ciel vengeur!

.Sur ces mers, où déjà l'entraînoit son malheur, Que son vaisseau , brisé par l'effort des orages , Le laisse , sans secours , éloigné des rivages !

38 CALISTE

Que d'ecneils en écueils , de rochers en rochers ,

Sa mort se multiplie ainsi que ses dangers,

Kt qu'enfin le tonnerre, ouvrant le sein des ondes.

Le consimie englouti sous leurs vagues profondes.

Vous, foible et digne ami du tyran que je hais,

Vous m'avez fait rougir... ne me voyez jamais.

MONTALDE, eti s'éloiijnnnl.

Respectons sa douleur.

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