SCÈNE VII. î8i
isMÈNE, h Lucile.
Je vous fais mon compliment , mademoiselle; le nombre de vos amants s'augmente avec vos charmes. On diroit que tous les aspirants se sont donné rendez-vous aujourd'hui. Le baron vient de sortir, M. Lisidor est ici , et le marquis ne peut tarder d'y paroître.
ARA MIN TE, à Ismène.
Ah! j'espère être bientôt délivrée de toutes ces tracasseries. {Les doniestiquespréparentdessiéges.) Voulons-nous nous asseoir? M. Damon nous doit gratifier d'une lecture.
ISMÈNE, À l'abbé.
Ah ciel! soupçonnez-vous ce que ce peut être?
l'abbé.
Je m'en doute : quelque tragédie de sa façon.
ISMÈNE, à part.
Je suis déjà morte. ( haut.) Monsieur, nous la lirez-vous tout entière?
DAMON
Mais... comme il vous plaira , mesdames.
ISMÈNE
C'est qu'une tragédie, je crois, est bien longue; cela pourroit vous fatiguer.
DAMON
Oh! point du tout, mesdames : on oubhe ai-
sèment ses peines, quand on réussit à vous amuser. Je vais commencer...
( On s'assied.) ARAMiNTE, rt Ismène.
Vous n'avez donc rien gagné sur votre cher abbé?
ISMÈNE
Jevais le bouder pour la vie; il est d'une maussaderie insoutenable.
l'abbé.
Mais... c'est vous, mesdames, qui êtes de la dernière barbarie. Est-ce jamais après le dîner que l'on chante? J'ai la poitrine si cruellement fatiguée... A peine puis -je parler... (// tousse. ) Vous voyez... J'ai passé la moitié de la nuit chez une jeune duchesse , où l'on m'a fait impitoyablement chanter un acte de l'opéra et six romances... Il y a des gens qu'on n'ose refuser.
ARAMINTE
C'est-à-dire que vous nous rangez dans la classe de ceux que l'on peut refuser sans crainte. i/abbé.
Point du tout; mais, au défaut de la harpe, au moins, pour chanter, faud» oit-il une guitare.
{Lisette sort.)