‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 197 sur 201 · SCÈNE XIII. 3o · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII. 3o

Mais aussi est-ce un petit plaisir dont clic ne regale que ses plus intimes amis.

LISIDOR.

11 est heureux pour vous, monsieur, d'être de ce nombre. ( rt /9a>t. ) J'en ai bien assez vu. Quittons ce cercle d'ctoindis , et ne songeons qu'à ménager la bonne volonté du baron et le cœur de Lucile. ( Il fait une révérence qu'on lui rend, et sort.)

CIDALISE

Cepetilrobin ne tesemble-t-il pas un ennuyeux personnage ?

ISMÈNE

Passablement.

LE M \TiQVi s, se lève et va h la table.

On m'a dit qu'il se donnoit les airs d'être mon rival : par exemple, voilà de ces choses auxquelles je ne saurois m accoutumer.

ISMÈNE

Prétends-tu t'euteiTer ici jusqu'au souper? Si nous faisions un tour de boulevard ?

C IDALISE.

Cela n'est guère décent que la nuit; on court les parades, les spectacles.

i.E MARQUIS, ayant pris la place d'Aramintc.

Oui, les fantoccini... Oh! ils sont divins, éton-

3i() LE CERCLE.

liants : moi, en honneur, c'est le seul speetaele

i|ui m'amuse.

ÏSMÈNK.

Ah çà, nous voilà seuls. De bonne foi, marquis, comment conduisez- vous la fframle comtesse?

LE MARQU IS

Quoi, vous n'êtes point au fait? Je l'ai quittée.

Sérieusement ?

LE M.'VnQUlS.

Pouvois-je y tenir? C'est la plus exigeante de toutes les prudes : il faudroit toujours être là, ne la pas quitter d'une minute. Ah! parbleu, je me suis ménagé avec elle la rupture la plus signalée. Vous n'imagineriez jamais quelle étoit sa folie.... Le mariage.

V^ous badinez.

LE MARQUIS

Non; madame a la manie d'être épousée.

ISMÈSE.

Mais elle est femme de qualité, d'un âge très ronvenaljle; et il faut que vous aimiez bien éperdument votre petite Itourgeoise dc^Lucile pour la préférer. '...'.■:■!- ' ':/' , • ' :

.scRNR xin. :^ii ; ,

LE MARQUIS. ' -i^^^hj^ ^

Moi, (le ramolli! des passions! Ah ! parbleu, vous no me ronnoisscz guère. Prenez {jarile que Lucilc est foute charmante, un vrai l)ijoii; oui , c'est pri'cisément ee qu'il me faut : point d'esprit, peu de figure : cela ne marquera pas trop dans le monde, et ses soixante mille livres de rente... Ah! ma chère Ismène, quelle petite maison brillante! que de chevaux, de chiens, de valets! Laissez, laissez faire, je sais bien ce qu'il me faut, c I n A I, I S E.

Vous n'y pensez pas vous-même, si c'est Tinrêt qui vous conduit.

LE MARQUIS

Non pas absolument ; vous imaginez bien que je ne calcule guère, moi : mais, en vérité , la vie que je mène m'accable; la multiplicité des aventures m'excède. Savez-vous , mesdames , qu'il faudroit être de fer pour résister aux fatigues de vous faire sa cour ? Toujours des assiduités, des soins , des rendez - vous ; c'est à ne pas finir. Du moins, quand on est mai ié , on se tranquillise , on demeure chez soi; on v reçoit ses amis dans sa roj • r

1)0 de chambre, on s'y fait soigner par sa feiinne.

cm A LISE.

rVest une raison do plus pour reto\nner à la

3i2 , LK GEIÎCLE.

comtesse; elle est tl'uii âge convenable , et sans vous mésallier, vous jouiriez alors d'une fortune qui surpasse de beaucoup celle de Lucile.

LE MAUQUIS.

Vous plaisantez. Oh! je ne me suis brouille qu'après avoir pris là-dessus les informations les plus exactes.

C'est vous-même qui, je crois, êtes le seid dans Paris à ignorer que, depuis votre rupture, elle est devenue l'unique héritière de son oncle le commandeur.

Et qu'elle joint à présent, à la réputation de jolie femme, celle de femme très opulente. Aussi le petit chevalier lui fait-il assidûment sa cour.

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