‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 35 sur 201 · LOTHARIO, CALISTE, MOXTALDE, LUCILE · texte numérisé non relu

LOTHARIO, CALISTE, MOXTALDE, LUCILE

: Lothario poursuit Caliste, et l'arrête lorsqu'elle est vers le milieu de la scène. Montalde s'oppose aux efforts de Lothario. ]

MONTALDE.

Arrête.

LorHARio,/i/r(e«.t-.

Laisse -moi.

.MONTALDE.

Non , je veux tobserver.

LUCILE

Courons vers Sciolto.

CALISTE, se jetant dans un fauteuil.

Suis-je assez confondue?

Ouoil tu pour.suis encore une fenuiie éperdue ! Mon.slre , sors de ces lieux.

S6 CALISTE

LOTHARIO

Aon , ne l'espère pas :

La vengeance et l'amour m'attachent sur tes pas. De ton hymen , ici , je veux laver l'outrage.

Eh bien! venge-toi, frappe, épuise en6a ta rage.

LOTHARIO

Je dédaigne tes cris, perfide : tu n'as plus Cet empire usurpé par tes fausses vertus, Ce pouvoir inconnu, cet ascendant suprême Que mon cœur étonné te donnoit sur lui-même. Je viens de t'arracher des bras de ton époux; Le crime désormais est égal entre nous. Tu perds par ton hymen le droit de me confondre; Je t'accuse à mon tour, c'est à toi de répondre.

CALISTE

Quoi! j'étois réservée à ce comble d'horreur!

Du moins, en l'arrachant, n'avilis point mon cœur!

Tu m'accuses, barbare, et si l'on veut t'en croire,

J'ai cherché dans l'hymen mon bonheur et ma gloire ,

Moi-même de ces nœuds je formai le tissu.

Tigre, que les rochers dans leurs flancs ont conçu,

ÎS'e j)ouvois-tu tantôt lire ma résistance

Dans mes pleurs , dans mes cris , même dans mon silence?

Juge si cet hymen me remplissoit d'effroi :

Cruel , j'ai souhaité qu'il fût rompu par toi ,

Par toi qui, n'inspirant ni l'amour ni l'estime ,

Aux vertus d'Altamont n'opposes que ton crime ,

Qui n'as sur ton rival que l'avantage affreux

D'avoir trompé le ca^ur qu'il voulut rendre heureux

ACTE IV, SCENE lil. Ta haine pour mon père, inflexible, obstinée. Aux pieds de nos autels malgré moi m'a traînée. J'ai cru que Sciolto , poursuivant ses desseins, T'uniroit aux tyrans combattus par ses mains; .l'ai cru que dans le trouble où Gènes est plongée, Je serois aisément ou perdue ou vengée. Le ciel anéantit et l'un et l'autre espoir; Je vis encore, et vis soumise a ton pouvoir. ÎVon que de mon hymen la honte prévenue Te rende désormais plus coupable à ma vue. Mais que t'a fait mon père, et pourquoi ta fureur L a-t-elle environné du glaive destructeur? Hélas ! il ignoroit que tes feux sacrilèges Avoient sur Altamont de honteux privilèges? Des tyrans qu'il combat ne deviens-tu l'appui Que pour l'assassiner et me jierdre avec lui? J'espérois...

LOTHARIO

Counois donc le pouvoir de tes larmes.

<.elte ville est en proie au tumulte des annes : Ou attaque, on repousse; ime égale valeur Ne laisse aucun parti ni vaincu ni vainqueur. La victoire étendant ses ailes incertaines Plane, sans se fixer, sur les remparts de Gènes, .le puis seul décider des destins de l'état, Favoriser le doge ou servir le sénat.

Un signal, un seul mot échappé de ma bouche l'ourroit... ]N'irrite point un mortel né farouche: Et si de Sciolto tu veux sauver les jours , Viens, suis-moi.

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