‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 9 sur 201 · ET AUTRES GÉNOIS · texte numérisé non relu

ET AUTRES GÉNOIS

ALTAMO?»T.

Protecteur d Altamont, 6 mon auguste père. Il luit enfin , ce jour si lent pour ma colère , Ce jour où , par l'honneur mon courage excité , Au sénat avili rendra sa majesté.

Ordonnez, disposez.

SCIOLTO

Héros , l'espoir de Gènes , Craignons, eu les brisant, d'ensanglanter nos chaînes, l'out nous seconde, amis. Ce farouche oppresseur, !)a trône et de l'autel profane usurpateur, i'régose , pour punir des peuples infidèles , Fait sortir de nos ports ses légions cruelles, i. iflreu.v Lothario, son iuviiicibje appui.

l8 CALISTE.

Sous le même prétexte est éloigné de lui.

Doria, sur la flotte accompagnez le traître;

Écartez-le à jamais des murs qui l'ont vu naître :

Les chefs de nos vaisseaux , instruits de mes desseins ,

Contre ce fier mortel seconderont vos mains.

Cet ordre est rigoureux , mais il est nécessaire ;

Un outrage nouveau, que mon orgueil doit taire,

Force enfin ma justice à bannir cet ingrat.

Je le plains, mais je sauve et ma gloire et l'état.

ALTAMONT

La peine de l'exil suffit-elle à ses crimes ?

Qu'il périsse , ou craignons d'être un jour ses victimes.

Sans vos ménagements , sans vos ordres sacrés ,

J'allois plonger ce fer dans ses flancs abhorrés.

Des murs de ce palais il repassoit l'enceinte ;

Sur son front menaçant l'audace étoit empreinte.

Je ne sais , mais , seigneur , j'ai cru voir sur ses pas

Les mânes paternels qui me teudoient les bras.

Qu'on accuse 2dsément un mortel qu'on déteste !

Mon père, enveloppé dans un piège funeste,

Par un bras inconnu mourut assassiné.

Je hais Lothario , lui seul est soupçonné.

Ah , seigneur! ah I pourquoi le soustraire a ma rage?

Pourquoi la politique où suffit le courage?

Cununaudez; ce colosse, appesanti sur nous.

Renversé , dispersé , périra sous mes coups ,

Et Frégose , avec lui , couché sur la poussière ,

IS'osera plus ici lever sa tête altière,

SCIOLTO

jSon, mon fils; apprêtiez des desseins importants ;

ACTE ï, SCENE V. Comioissez mes motifs et les malheurs des temps. Gènes , toujours esclave et toujours divisée , Quitta, reprit cent fois sa chaîne mal brisée. Nos murs tumultueux renferment dans leur sein Une noblesse , un peuple , indociles au frein ; Deux partis opposés , qui des droits de l'épée Soutiennent tour-à-tour leur puissance usurpée. Mais qui, d'un œil jaloux l'un par l'autre observés. Sont souvent abattus aussitôt qu'élevés.

Les nobles , décorés des plus superbes titres , Sous des noms différents ont été les arbitres.

Les ducs anéantis, les comtes ont régné ;^

Mais bientôt de ses fers le Génois indigné

Osa se révolter, osa se rendre libre.

Entre les grands et lui mit un juste équilibre.

Créa pour leur orgueil l'honneur du consulat.

Et ht asseoir près d'eux ses tribuns au sénat.

Heureux jours, Altamont, où les aigles romaines

Sembloient revivre encor pour s'envoler vers Gènes,

Où des débris fumants du trône des Césars

Nos aïeux construisoient d'invincibles remparts !

Hélas! tout fut détruit, et les guerres civiles

D'un feu plus dévorant cousumèrent nos villes.

Lasse des longs débats et du peuple et des grands ,

Gènes à ses voisins mendia des tyrans ,

Et l'on vit dans nos murs le Français et l'Ibère

Établir tour-à-tour leur puissance étrangère ;

Mais tous, pour gouverner l'impétueux Génois,

Apportèrent ici d'insuffisanles lois.

Enlin , parmi les cris , le meurtre et le rav âge ,

30 CALlsTfc.

Un doge fut élu dans des jours de carnage.

De ce titre funeste un prêtre est revêtu.

Sur les débris épars de sou siège abattu ,

Relevons le sénat et l'antique tribune.

Mais pourquoi des combats éprouver la fortune?

Malheureux le vengeur entouré de tombeaux ,

Qui porte chez les siens le glaive et les flambeaux i

N'allons point, ô mon fds, au milieu de ruines

Rappeler les horreurs des guerres intestines.

Vide de légions. Gènes peut aujourd'hui

Rejeter sans efforts un tyran sans appui.

Enfin , pour mieux tromper sa prudence étonnée ,

De ma fille avec vous célébrons l'hyménée.

Et que ces nœuds si chers , préparés par l'amour ,

De notre liberté consacrent le retour.

ALTAMONT

O mon père ! attendons des moments plus propices; Formons ces nœuds sacrés sous de plus doux auspices. Non , non , n'attachez point le sort de deux amants A la fatalité de ces grands changements. Que vous dirai-je, enfin? Caliste, que j'adoie, Galiste à mon bonheur ne consent point encore , Mon père; et ses beaux yeux , dans les larmes noyés , Détournent loin de moi leurs regards effrayés.

SCIOLTO

Depuis le jour funeste où le destin contraire Me ravit une tpouse , à ma fille une mère H est vrai qu'aux ennuis sou cœur abandonne. Sous les lois d un époux a craint d'être enchaîné : Mais enfin j'ai mes droits; ma volonté suprême

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