SCENE VIII
Ils sont francs, généreux, braves; je les estime. LE MILOHD, avec chaleur.
Quoi', vous estimez les Anglais?
LA MARQUISE
Assurément ! ils ont une ame magnanime ,
De l'honneur, des vertus, et je sais d'eux des traits...
LE MILORD.'
Vous me charmez.
LA MARQUISE, à part.
Bon ! son humeur s'apaise.
LE MILORD
Comment donc, vous pensez?
LA MARQUISE
Qui? moi? Je n'eu sais rien.
LE MILORD
Ah ! vous me séduiriez, si vous étiez Anglaise. Je goûte dans votre entretien...
LA MARQUISE
Je ne veux point penser, monsieur; c'est un ouvrage.
Ce que je dis , part de l'esprit, du cœur, De lame, dans l'instant; en vous laissant l'honneur D'une prétention qni ne convient qu'au sage.
LE MILORD, prenant la main de la marquise. Vous en avez, madame , un plus grand avantage.
LA MARQUISE
{àpaH.) Que faites-vous? Il est déconcerté.
LE MILORD, à part.
Je demeure interdit; je crois, en vérité. Que mon cœur, malgré moi...
LA MARQUISE, à part.
Cet essai m'encourage.
{haut.) Mais je m'arrête ici, je pense qu'il est tard.
LE Ml LORD, /'arrêtant.
Non, madame.
LA MARQUISE
Excusez, on m'attend autre part.
Pour arranger un ballet agréable; C'est pour ce soir qu'on doit le préparer.
Vous seriez un homme adorable.
Si vous vouliez y figurer.
LE MI LORD
Vous vous moquez, je pense, ou c'est mal me connoître.
Pourquoi me refuser quand vous pouvez en être?
Cessez de chercher des raisons Pour nourrir chaque jour votre mélancolie.
Vous pensez , et nous jouissons.
Laissez là , croyez-moi , votre philosophie ; Elle donne le spleen, elle endurcit les cœurs.
Notre gaieté , que vous nommez folie , Nuance notre esprit de riantes couleurs.
Par un charme qui se varie :
Elle orne la raison, elle adoucit les mœurs;
C'est un printemps qui fait naître les fleurs
Sur les épines de la vie.
LE MILORD, à part.
Je risque trop à l'écouter,