ACTE I, SCÈNE V
Sans rien me dérober des charmes que j'admire... Plus naturel... plus simple... oserai-je le dire? Imitoit mieux votre beauté.
J'ai préféré la couleur la plus tendre : J'ai mieux aimé qu'elle imitât mon cœur. osMix, à part.
Oui, oui; c'est le ton qu'il faut prendre.
EL M IRE
Dans les moindres objets , on doit, avec ardeur, Marquer l'attention de plaire à ce qu'on aime , Tous mes sens occupés de ce bonheur suprême...
SOLIMAN, l'interrompant.
Elmire...
ELMIRE
Ah! laissez-moi m'applaudir de mon choix! Oui, c'est la vérité qui me prête sa voix. Eh! qui mérite mieux d'être aimé que vous-même? Tant de vertus qu'eu vous nous voyons éclater... OSMIN, à part.
Continue.
SOLIMAN, avec un peu d impatience.
Elmire, de grâce.
Ne cherchez point à me flatter.
ELMIRE
La louange vous embarrasse; La craindre , c'est la mériter:
Vous m'en êtes plus cher.
SOLIMAN
Quoi! toujours insister!
OSMI N , s' apercevant que l'ennui commence à gagner le sultan.
Seigneur, voulez-vous une fête?
SOLIMAN
Oui, que pour ma sultane à l'instant on l'apprête.
Seigneur, épargnez-vous ce soin :
Une fête! en est-il besoin?
L'amour se suffit à lui-même,
Lui seul doit remplir nos moments.
Solitaire au milieu des vains amusements ,
On ne voit que l'objet qu'on aime; Tous nos sens , tous nos goûts, à lui sont enchaînés ; A tout autre plaisir l'ame est inaccessible : Les spectacles, les jeux ne sont imaginés Que pour dédommager de n'être pas sensible.
SOLIMAN
Les plaisirs sont plus vifs pour les amants heureux ; Leur félicité les augmente.
Les fêtes ne sont que pour eux; Il n'en est point pour lame indifférente.
os MIN.
C'est fort bien dit : seigneur, si vous le trouvez bon, Je vais faire danser vos esclaves.
ELMIRE
Non , non.
os M IN.
C'est moi qui les enseigne.
SOLIMAN
Osmin , qu'on avertisse