ACTE I, SCÈNE VII
SOLIMAN
Par quel charme mon cœur se sent-il excité? Sa voix me transporte et m'enchante
ELMI RE.
Ce qui m'en plaît le mieux, c'est que ce qu'elle chante Est conforme à la vérité.
( à part, regardant Délia.) Mais je crois qu'elle prend un air de vanité.
SOLIMAN
Elle a je ne sais quoi qui prévient et qui touche.
(à Elmire, en lui prenant la main.) Je veux qu'elle s'attache à vous faire sa cour.
( en regardant Délia.) Ah ! que les sons flatteurs d'une si belle bouche Doivent bien exprimer l'amour!
DÉLIA
Je vais, si vous voulez, célébrer l'inconstance.
ELMIRE
C'en est assez.
SOLIMAN, à Elmire.
Ayez la complaisance...
c'est un talent qu'il faut encourager.
ELMIRE, se contraignant.
Je me soumets.
SOLIMAN, à Délia.
Chantez ; ce sera m'obliger.
ELMIRE, à part.
C'en est trop, je perds patience.
DÉLIA citante.
Jeunes amants, imitez le zéphyr.
îSo LES TROIS SULTANES.
{ Pendant (fue Délia chante, Soliman bat la mesure dans la main d'Ehnire. Elmire, <fui s'aperçoit de l'attention du sultan pour Délia , 'retire sa main par un mouvement de jalousie. ) Il caresse l'œillet, l'anémone et la rose. Jamais son vol ne se repose ; Nouvel objet , nouveau désir.
De beautés en beautés , sans vous fixer pour une.
Comme lui, voltigez toujours; Voltigez, et passez de la blonde à la brune; Les belles sont les fleurs du jardin des amours. SOLIMAN, 5e levant.
Rien n'est plus parfait à mon gré :
Elle charme à la fois et le cœur et l'oreille
(à Elmire.) Qu'en pensez-vous?
ELMIRE, avec humeur.
Son cliatit est trop maniéré.
SOLIMAX.
Ah ! vous avez raison : elle chante à merveille
ELMIRE
La réponse est très juste; eh bien! écoutez-la. De votre attention je crains de vous distraire.
( à part.) Cachons-leur mon dépit.
{Elle sort.)