ACTE I, SCENE X
Mon cher seigneur, de chasser à l'instant {montrant Osmin.) Cet oiseau de mauvais augure.
OSMlN.
Hem ! le début est leste.
R OXELANE.
Allons, allons , va-t'en.
Délivre-nous de ta triste figure , Sors.
SOLlMA>.
Pioxelane, respectez Le ministre des volontés D'un maître à qui tout doit obéir en silence.
ROXELANE
Ah ! ah !
Vous n'êtes pas en France, Ayez l'esprit plus liant et plus doux, Et croyez-moi , soumettez-vous :
On punit au sérail le caprice et l'audace.
ROXELANE
Ce discours a fort bonne grâce !
Qu'un empereur turc est galant !
Prenez-vous ce ton-là pour être aimé des femmes?
Vous devez enchanter leurs âmes :
En vérité, c'est avoir du talent.
Mïds, je vous trouve excellent.
{montrant Osmin.) Et de vos volontés voilà donc le ministre? Respectons ce magot avec son air sinistre;
Aveuglément nous devons obéir.
Il a vraiment de brillants avantages.
Hom ! si vous le pavez pour vous faire haïr,
Il ne vous vole pas ses gages.
Un vrai monstre amphibie , un triste épouvantail, Jaloux, non pas pour lui, qui sans cesse nous gronde; Qui, pour nous désoler, nuit et jour fait sa ronde, Et nous renferme ici, comme dans un bercail.
Ah ! comme il étoit en colère Pour m'avoir vue hier seule dans vos bosquets! Est-ce encor par votre ordre? Eh ! quel mal peut-on faire? Nous est-il défendu d'y respirer le frais?
Avez-vous peur qu'il ne pleuve des hommes? Et quand cela seroit , voyez le grand malheur! Le ciel, dans l'état où nous sommes, Nous devroit ce miracle.
os MIN.
Eh bien ! eh bien ! seigneur, Qu'en dites-vous?
SOLIMAN, à Osmin , considérant Roxelane.
Quel jeu de physionomie !
Qu'elle a de feu dans le regard !
ROXELANE
Comment! vous vous parlez à part?
Je vous avertis en amie ,
Qu'il n'est rien de plus impoli.
Oui, vous feriez mieux de ra'entendre : Je veux faire de vous un sultan accompli.
C'est un soin qiîe je veux bien prendre. Commencez, s'il vous plait, par vous désabuser