ACTE II, SCENE III
SOLIMAN
Me coriger? De quoi donc, s'il vous piait?
KOXELANE.
De quoi? de quoi? Ces sultans me font rire : Ils pensent que sur eux nous n'avons rien à dire. Je prends à vous quelque intérêt; Croyez-moi, Laninssons la gêne.
L'amitié me conduit: quand ce seroit la haine , Vous pourriez y gagner encor; La haine est franche , elle vaut un trésor ; Nous devons lui prêter l'oreille.
Un ami par pitié foiblement nous conseille.
Notre ennemi connoit tous nos défauts, Dune gloire usurj)ée il distingue le faux. L'amitié dort, la haine veille :
Consultez-la , vous qui voulez régner.
L'orgueil nous trompe, eh ! faut-il l'épargner? Non... •
SOLIMAX, à part.
Cette femme est étonnante, (à Roxi.'lane , fièrement. ) Brisons là.
ROXELANE, respectueusement.
Soit, ce seroit vous fâcher.
Ce n'est [)as mon dessein.
SOLIMAN
Soyez donc plus prudente.
ROXELANE
La franchise, il est vrai, doit vous effaroucher ; Vos oreilles n'y sojit pas faites.
SOLIMAN
Eucor ! Vous oubliez qui je suis , qui vous êtes.
ROXELANE
Qui vous êtes, et qui je suis?
Vous êtes grand-seigneur, et moi je suis jolie : On peut aller de pair.
SOLIMAN
Oui, dans votre patrie.
ROXELANE
Ah! que n'y suis-je encor! Quels dégoûts! quels ennuis! Vous faites bien sentir quelle est la différence
De ce maudit pays au mien.
Point d'esclaves chez nous; on ne respire en France
Que les plaisirs, la liberté, l'aisance. Tout citoyen est roi sous un roi citoyen.
SOLIMAN
A ce que je puis voir, vous seriez enchantée , Si vous pouviez vous séparer de moi.
Assurément; je suis de bonne foi.
SOLIMAN
Mais si par les plaisirs vous étiez arrêtée. Si l'on faisoit votre bonheur?
ROXELANE
En quoi?
SOLIMAN
Vous ne seriez donc point tentée De plaire à Soliman , d'obtenir sa faveur?
ROXELANE
ISOQ.