SCÈNE VIII
ROXELANE, les esclaves.
ROXELANE
Oh! je ne veux point qu'on s'endorme Quand il s'agit de m'obéir.
Je veux dans ce sérail établir la réforme.
( apercevant les esclaves.) Qu'est-ce que je vois là ? Des carreaux, un tapis ! Allons, allons , ôtez cet étalage.
( Elle donne du pied dans les carreaux.) L'u dîner à la turque! oh ! le plaisant usage !
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3o2 LES TROIS SULTANES.
Vous autres, vous mangez sur la terre accroupis ,
Comme des sapajous. Une table , des chaises ; Sui\ ez les coutumes françaises.
{Les esclaves marquent leur étonnement par leurs gestes. ) Eh bien î ils sont tout étourdis.
Que l'on baisse ces jalousies.
Qu'on défende l'entrée au jour, Et que nous dînions aux bougies :
Leur éclat nous suffit; il répand alentour
Ce demi-jour si doux qui convient à l'amour. J'oubliois la meilleure chose; Il nous faut du vin , songez-y.
( Les esclaves paraissent scandalisés. Ils font entendis par signe qu'il n'y a point de vin dans le sérail.)
Comment ! ils ont horreur de ce que je propose ! Hem? quoi ! plait-il ? on n'en a point ici? Que l'on aille chez le mufti ' , On en trouvera , j'en suis sûre :
C'est un esprit juste, un cœur droit,
Qui saisit tout le vin : c'est par là qu'il s'assure Qu'aucun vrai musulman n'en boit.
Il nous en donnera du grec et du Champagne,
Tout ce que nous voudrons.
« Le mufti est le souverain pontife de la loi mahométane ; il affecte une grande simplicité et la régularité la plus exacte; il condamne l'usage du vin, et cependant en boit comme d'autres en secret.