ACTE II, SCENE XIV. 3i
SOLIMAN, étonné de voir une table servie à la française. Quel est cet appareil?
Mais je n'ai rien vu de pareil.
ROXELAXE.
C'est un dîner à la française.
[Soliman s'assied dans un fauteuil, Elmire à droite, Délia à gauche, et Roxelane à côté de Délia , un peu sur le devant. Tous les officiers sont rangés autour de la table. ) ( L'écuyer tranchant s avance pour couper les viandes
avec un grand couteau fjui ressemble à un sabre.) Que veut cet estafier?
SOLIMAN
C'est l'écuyer tranchant '
Les dames serviront ; c'est l'usage à présent :
La peine est un peu fatigante; Mais tout le monde y gagne : une main élégante , De ses doigts délicats agitant les ressorts,
Découvre cent jolis trésors , Et donne un goût exquis à ce qu'elle présente, (à Elmire, en lui présentant une volaille. )
Coupez, Elmire.
' L'écuyer tranchant n'exerce son emploi que dans les cuisines. Les Turcs n'ont à table ni couteaux ni fourchettes , on leur sert les viandes et même les fruits tout coupes en petits morceaux pour être pris avec les doigts. Comme Roxelane a commandé un diucr à la française, et que les pièces sont entière.s l'écuyer tranchant se présente , croyant être nécessaire. Ce n'est point manquer à la coutume que d'introduire ici cet officier.
3i4 T ES TROIS SULTANES.
SOLIMAN
Oui, l'usage est charmant.
( à l'écuyer tranchant. ) Je te supprime.
ROXELANE, à Délia.
Et vous très agréablement Vous verserez à boire à sa hautesse.
(à Osmin.) Donne le vin.
SOLIMAN, avec étonnement.
Du vin !
osMix, avec un étonnement plus marqué.
Du vin !
ROXELANE
Du vin. C'est la source de l'alégresse, C'est l'ame du plaisir.
( Osmin va prendre avec le bord de sa robe le flacon de vin qu'il pose sur la table en détournant la vue.) {à Osmin.) Pour(juoi donc ce dédain?
(à part.) {à Osmin. )
Commençons par l'esclave. Approche : pour ta peine, De ce flacon tu vas avoir l'étrenne.
[Roxelane remplit de vin un verre et le présente à Osmin. ) Tiens.
os MIN.
Moi, goûter ce breuvage odieux !