ACTE III, SCÈNE V
Jusqu'à présent on m'a flatté ; Il n'appartient qu'à vous de me faire connoître
Et l'amour et la vérité :
Mais que je sois heureux autant que je dois l'être ! Que votre cœur...
ROXELANE
Ah ! je vous vois venir.
Eh bien, mon cœur?
SOLIMAN
Pourrai-je l'obtenir?
La haine que pour moi vous avez fait paroître...
ROXELANE
Mais ce n'est pas vous que je hais :
c'est l'abus de votre puissance, Qui nous tient dans la dépendance ; Ce sont ces gardiens si révoltants, si laids, Supplices des yeux et des âmes.
SOLIMAN
Vous savez que j'ai cinq cents femmes Qu'ils doivent gouverner.
ROXELANE
Cinq cents !
Mais , entre nous , cinq cents ! . .. cela m'étonne.
SOLIMAN
Ici c'est un usage établi de tout temps;
Ce sont nos lois; c'est un faste du trône, Qui sert moins au bonheur qu'à l'orgueil des sultans.
ROXELANE
Voilà des lois bien généreuses , Et cinq cents femmes bien heureuses !
Vous prétendez peut-être encor Que de votre hautesse elles soieut amoureuses?
Car vous êtes tout leur trésor.
SOLIMAN
On les voit à l'envi s'empresser à me plaire.
ROXELANE
Vraiment, quand on est seul, on devient nécessaire.
Oubliez votre autorité.
Obtenez un cœur de lui-même , Vous serez sûr alors que l'on vous aime.
Si vous surmontiez ma fierté, Vous croiriez qu'en cédant à l'ardeur la plus pure J'aimerois par orgueil ou par timidité;
Je dois m'épargner cette injure :
L'amour devient suspect , s'il n'a sa liberté.
SOLIMAN
Oui, je sens que l'amour veut un juste équilibre; Roxelane , vous êtes libre.
De mon bonheur décidez à l'instant.
ROXELANE
Seigneur, ma maîtresse m'attend.
SOLIMAN
Qui donc ?
ROXELANE
Elmire.
SOLIMAN
Ah ! soyez son égale.
ROXELANE
Vous m'avez soumise à sa loi.