SCÈNE VI
SOLIMAN, OSMIN. c
SOLIMAN appelle Osmin.
{à part.) Osmin ! Enfin ce cœur farouche De quelque espoir flatte mes vœux, (à Osmin.) Enfin, mon cher Osmin, tu me verras heureux, o s M I N .
Oui, seigneur, la sultane Elmire...
SOLIMAN
Roxelane a sa liberté.
Je l'aime , j'obtiendrai le bien que je désire !
Conçois-tu ma félicité?
Cet amour pur, né de l'égalité , Que réciproquement l'un à l'autre on s'inspire, Ce bien que j'ignorois , te l'imagines-tu?
o s M I N , en soupirant.
Non , seigneur.
SOLIMAN
Ne crois pas que ce soit le caprice Qui m'entraîne vers elle, Osmin ; c'est la justice, C'est la raison , c'est la vertu.
N'examinons plus rien , je l'aime.
Avant de la connoître, une sombre langueur, Au milieu des plaisirs, engourdissoit mon cœur ; Je jouissois de tout, sans jouir de moi-même; Que dis-je? rien ne pouvoit me charmer: L'indifférence est le sommeil de l'ame.
Un feu triste et couvert cherchoit à s'animer; Roxelane pciroît, elle y donne la flamme : Je lui dois le bonheur d'aimer.
OSMIN
Pauvre Elmirel •
SOUMAiN.
Elle aura toujours même avantage.
Nos lois admettent le partage.
Roxelane t'attend ; c'est pour te confirmer
Un doux aveu qui de mon sort décide , Un aveu que j'ai lu dans son regard timide ,
Et que sa bouche a craint de m'eiprimer : Va , cours ; de mon bonheur tu viendras m'informer.