ACTE 1, SCÈlVE III
monsieur de Sulli, moi : mais cependant on ne sauroit s'empêcher de désirer un peu (|u' il ne soit plus en place ; car, dès qu'on demande la moindre ffrace, l'on rencontre toujours en son chemin l'humeur inflexible de ce cher homme-là, et cela est excédant.
LE MARQUIS DE CONCHINI
Sans doute , et c'est ce caractère intraitable et qui ne se plie point, qui auroit dû vous engager, monsieur le duc, à vous mettre de notre partie, qui est bien liée. Pour vous y déterminer, je vais m'ouvrir entièrement à vous. J'ose vous assurer, d'abord, que pour pou que nous fussions appuyés d'ailleurs, notre homme seroit bientôt culbuté; je vois cela clairement. La »ignora Galigaï est »ubliifie pour ces sortes d'opérations-là ; c'est elle qui a tout conduit. C'est un génie!
LE DUC DE BELLEGARDE
Oui, c'est une femme adroite, à ce qu'ils disent tous.
LE MARQUIS DE CONCHINI, Ivès Vivement.
Oh! elle est admirable ! Indépendamment des écrits satiriques et des pasquinades qu'elle a fait semer à la cour contre monsieur de Rosni, et que je crois même qu'elle a fait composer, c'est encore par ses soins, et d'après ses recherches, que le public a été inondé do mémoires véridi-
88 LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV ques et sanglants, qui dévoilent toutes les malversations de monsieur de Sulli , et qui démasquent ses projets ambitieux et criminels. Ensuite, je sais qu'elle a fait passer jusqu'au roi, par des personnes sûres et honnêtes, des accusations plus directes, on le vrai est si bien mêlé avec le vraisemblable, qu'à moins d'un miracle je le défie de s'en tirer.
LE DUC DE BELLEGARDE
Monsieur, monsieur, je ne seiois point surpris qu'il s'en tirât encore; il a de furieuses ressources dans l'ascendant qu'il a pris sur l'esprit du roi, et dans l'inclination naturelle que ce prince a toujours eue pour lui.
LE MARQUIS DE CONCHINI, irès vivement.
Eh! monsieur le duc, c'est tout cela même qui tournera encore contre lui. Plus le roi a eu et conservé d'amitié pour monsieur de Sulli, et plus il sera indigné de l'abus qu'il en aura fait, {conduisant mystérieusement le duc de Bellegarde a un coin du théâtre, et baissant le ton de sa voix.) Nous avons porté hier le dernier coup. C'est un écrit de monsieur de Rosni lui-même... c'est un billet de lui, que nous avons tourné contre lui, et cela pourtant sans malignité. Après l'avoir lu, le roi , dans la dernière colère, le lui renvoya surle-champ par La Varenne, qui vint me le dire, et
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qui, sur quelques mots échappés à sa majesté, a semé ici le bruit de son exil, qui s'est répandu, comme vous l'avez vu. Ah! monsieur le duc, si vous aviez voulu nous aider...
LE DUC DE BELLEGARDE, l'interrompant légèrement.
Vous aider, moi? J'en suis bien éloigné, monsieur de Conchini, assurément; et, comme je vous l'ai dit, il me reste toujours pour ce chien d'homme-là un fonds d'amitié dont je ne saurois me débarrasser. Et puis, d'ailleurs, c'est que je suis si peu fait à l'intrigue , j'y suis si gauche , que j'aime cent fois mieux me trouver à une surprise de place que dans une tracasserie de cour. J'y suis moins maladroit, vous dis-je.
LE MARQUIS DE COXCHINI, SOUriaut.
Monsieur le duc, vous avez plus d'adresse que vous n'en voulez faire paroître. La vôtre, dans ce moment-ci, ne m'échappe pas, et voici en quoi elle consiste : vous profiterez de l'effet de la mine , s'il est heureux ; et , au cas qu'elle soit éventée, vous ne pourrez pas même être soupçonné d'avoir été un des ingénieurs.
LE DUC DE BELLEGARDE, d'uH air SC'ricUX Ct
fier y et avec beaucoup de hauteur.
l'n moment, monsieur, s'il vous plaît ; vous ne }it)uvc2 ni ne devez penser que...
LE MARQUIS DE coNCHiixi, V interrompant d'un air soumis et respectueux.
Eh! non, non, monsieur le duc ; je vois à présent ce que je puis et ce que je dois penser de votre inaction. Tenez, votre vieille franchise, à vous autres seigneurs français , vous fait regarder une intrigue, même la plus juste , comme un mal: moi, je n'y en trouve aucun; au contraire, vu celui que monsieur de Rosni cause dans le royaume , c'est une obligation que la France nous aura, à la signora Galigaï et à moi, d'avoir intrigué pour la délivrer de ce ministre-là. Dans tout ceci, notre intention est bonne, nous ne voulons que le bien du Français, nous autres.
LE DUC DE BELLEGARDE, d^un air railleur.
Oh ! je sais bien que c'est là votre but. ( voyant paraître le roi avec le duc de Sulli. ) Mais voici le roi qui sort du conseil.
LE MARQUIS DE CONCHINI, 6as, au duc de Belleyarde.
Monsieur de Sulli l'accompagne. Ils ont toujours l'air du plus grand froid; ils sont toujours mal ensemble : cela est excellent.