ACTE 1, SCÈNE Vi
soit à portée de nous entendre.... [M. de Praslin pose lui-même les sentinelles. Henri, prenant M. de Sulli par la maiti, ramène, sans rien dire, jusqu'au bord des rampes, quitte sa main, le regarde, et reste un moment sans parler, ) Eh bien! monsieur, la façon dont nous sommes ensemble depuis six semaines, le froid que je vous marque et la contrainte dans laquelle nous vivons vis-àvis l'un de l'autre, vous vous accommodez donc de tout cela, monsieur? vous n'êtes donc point inquiet ?
LE nrc DE SLLLi, d'un air noble et respectueux.
Sire, avec tout autre prince que Henri je me croirois perdu, en voyant que vous m'avez retiré cette bonté familière que vous me témoigniez toujours; mais, avec votre majesté, j'ai pour moi votre équité, vos sentiments... oserois-je dire votre amitié et mon innocence? Tout cela me rassiure ; je suis tranquille.
HENRI, iVun air un peu attendri.
Cette tranquillité peut marquer, je vous l'avoue, le témoignage d'une conscience pure, et qui n'a point de reproches à se faire; mais cependant, monsieur, vous ne pouvez pas ignoier que toute la France cric et m'adresse des plaintes contre vous, et vous gardez le plus profond silence.
loo LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV. LE DUC DE SULLI, d'uTt air ferme et respectueux.
Oui, sire, c'est dans un silence respectueux (jue je dois attendre que votre majesté m'ouvre la bouche sur des faits dont il n'y a pas un seul qui ne soit de la plus grossière calomnie.... Parler le premier à votre majesté de toutes ces imputations odieuses et absurdes, c'eût été, en quelque façon, leur donner du crédit, et en reconnoître la vérité. Il ne me convient pas de craindre de pareilles accusations auxquelles vousmême ne croyez pas, sire.
HEXRi, avec bonté.
Eh! mais, mais....
LE DUC DE suLLi, avcc forcc.
Non, sire, vous n'y croyez pas.... Il n'y a qu'une seule de ces accusations qui ait quelque air de vérité, ou, pour mieux dire, de la vraisemblance. . . . ( tirant de sa poclie un papier. ) C'est ce billet de moi, que vous me renvoyâtes hier au soir par La Varenne. Quatre mots, que j'ai mis aubas, vous en développeront toute l'énigme. Que votre majesté daigne jeter les yeux sur l'explication que j'y donne. (// donne au roi ce papier. ) HENRI, regardant le papier.
Je tombe de mon haut!... {prenant la main du