SCÈNE I
LUCAS, CATAU, habillés en paysans du temps de Henri IV.
[L'on entend un cor-de-chasse dans Véloignement.)
LUCAS
Parguenne! matn'selle Catau, entendais-vous ces corneux-là? Encore un coup, v'nais-vous-en voir la chasse avec moi. All'n'est pas loin d'ici. Allons du côté que j'entendons les cors.
CATAU
Oh! Lucas, je n'ons pas le temps ; il faut que je nous en retournions cheux nous.
LUCAS
Dame! c'est que ça n'arrive pas tous les jours, au moins, que la chasse vienne jusqu'à Lieursain... J'y verrons peut-être notre bon roi Henri.
CAT AU
VrcHment, j'aurions ben envie de l'voir, car je ne l'connoissons pas pus qu'toi, Lucas: mais il se fait tard , ma mère m'attend ; faut que je l'y aide à faire le souper. Mon frère Richard arrive ce soir.
LUCAS
Quoi! monsieur Richard arrive ce soir?Queu plaisir? queu joie!... J'esperons ^'il déterminera à mon mariage avec vous n^fclsieur Michau, votre père, qui barguigne toujours... Mais, parguenne! c'est bian mal à vous de ne m' avoir pas déjà dit c'te nouvelle-là !
CATAU
Est-ce que j'ai pu vous la dire pus tôt donc? Je viens de l'apprendre tout-à-l'heure.
LUCAS
Eh bian! falloit me la dire tout de suite.
CATAU
Queu raison ! Est-ce que je pouvois vous dire ça auparavant que de vous avoir rencontré?
LUCAS
Bon! vous pensiais bian à me rencontrer, tant seulement ! Vous ne pensiais qu'à courir après la chasse. Est-ce là de l'amiquié donc , quand on a une bonne nouvelle à apprendre à quelqu'un?
115 LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV. CATAU, à part.
Mais, voyez donc queue querelle il me fait, pendant que je n'ai voulu voir la chasse que parceque je savois ben que je l'rencontrerions en chemin, ce bijou- là!... Et il faut encore qu'il me gronde!... (à Lucas. ) Allez, vous êtes un ingrat.
LUCAS, d'un air tendre.
Eh ! pardon, mam'selle Gatau ; c'est que j'ignorions tout ça, i||us... Dame, voyais-vous? c'est que je vous aimons tant , tant , tant !
CATAU
Eh! pardi! je vous aimons ben aussi, nous, monsieur Lucas ; mais je n'vous grondons pas que vous ne l'mëritiais.
LUCAS, en liant.
Oh! tatigué! vous me grondais bian queuquefois sans que je le méritions!... Par exemple, hier encore, devant monsieur et madame ]VIichau,ne me grondites-vous pas d'importance, à propos de c'te dévergondée d'Agathe, qui a pris sa volée avec ce jeune seigneur! Dirais-vous encore que j'avions tort?
CATAU, d^un air mutin .
Oui, sans doute, je le dirai encore. Je ne saurois croire, moi, qu'Agathe se soit en allée exprès avec ce monsieur. C'est une tille si rai-