‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 87 sur 231 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

HENRI, arrivant en tâtonnant.

Où vais-je? ovi suis-je? où cela me conduit-il? Ventre-saint-gris! je marche depuis deux heures pour pouvoir trouver l'issue de cette forêt... Arrêtons-nous un moment et voyons... Parbleu! je vois... que je n'y vois rien. Il fait une obscurité de tous les diables! (tâtant avec son pied.) Ceci n'est point un chemin battu, ce n'est point une route; je suis en plein bois... Allons, je suis égaré tout de bon... C'est ma faute. Je me suis laissé emporter trop loin de ma suite, et l'on sera en peine de moi. C'est tout ce qui me chagrine; car, du reste, le malheur d'être égaré n'est pas bien grand... Prenons notre parti cependant. Reposons-nous, car je suis d'une lassitude... Je suis rendu!... (// s'assied au pied d'un arbre et tâte le terrain.) Oh.\ oh! cette place-ci n'est pas trop désagréable. Eh! mais, l.\, l'un n'y passeroit pas

I 34 LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV. mal la nuit. Ce coucher-ci n'est pas trop dur. J'en ai, parbleu, trouvé parfois de plus mauvais. (// 5e couche et se remet tout de suite en son séant.) Si ce pauvre diable de duc de Sulli, qui ne vient à la chasse que par complaisance, que j'ai forcé aujourd'hui de m'y suivre, s'est par malheur éfjaré comme moi, oh! je suis perdu! et ce seroit encore bien pis si j'étois obligé de passer la nuit dans la forêt ; il me feroit un train ! . . il me feroit un train !... je n'aurois qu'à bien me tenir!... Il me semble que je l'entends qui me dit, avec son air austère : « J'adore Dieu, sire! vous '< avez beau lire de tout cela, je ne vois rien de « plaisant, moi, à faire mourir d'inquiétude tous « vos serviteurs. » Si je pouvois cependant reposer et m' endormir quelques heures, je reprendrois des forces pour me tirer d'ici. Essayons. (// se recouche et paroit reposer un instant : on tire un coup de fusil; il s'éveille et se relève en mettant la main sur la garde de son épée.) Il y a ici quelques voleurs. Tenons-nous sur nos gardes.

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