ACTE I, SCÈXE III
LISETTE
Vous n'y songez pas , madame ; ce chevalier n'a pas un sou de bien.
Mme PATIN.
J'en ai suffisamment pour tous deux , et il y a même quelque justice à ce que je fais. Monsieur Patin n'a pas gagne trop le'gitimement son bien ^ en iSormandie ; et c'est une espèce de restitution que de relever, avec ce qu'il m'a laissé, une des meilleures maisons de la province.
LISETTE
Ah ! puisque c'est un mariage de conscience, je n'ai plus rien à vous dire. Que monsieur Migaud sera surpris quand vous lui apprendrez votre dessein !
jime PATIN.
Je n'ai garde de l'en informer; il ne manqueroit pas d'en aller faire ses plaintes à monsieur Serrefort : monsieur Serrefort viendroit , à son ordinaire , m'étourdir de ses sots raisonnements. Pour m' épargner l'embarras d'y re-pondre, je ne veux point que l'un ni l'autre sache cette affaire qu'elle ne soit tout-à-fait conclue
LISETTE
Mais , madame , il me semble qu'avant que d'épouser le chevalier de Ville-Fonlaine, il faudroit
i8 LE CHEVALIER A LA MODE.
vous défaire honnêtement de monsieur Migaud.
Bime PATIN.
Cest mon 'dessein, vraiment; et je veux lui faire une quei'elle d'Allemand dès que je le verrai. Pour peu qu'il ait d'intelligence , il entendra" bien ce que cela veut dire.
LISETTE
Une querelle d'Allemand ? Vous avez raison. Voilà une manière tout-à-fait honnête pour vous en défaire. Mais le voici.