M. MI G AU D
J'assure par là plus de quarante mille livres de rente à ma famille.
Cela vaut bien que vous vous exposiez à enrager le reste de vos jours.
M. MIGAL'D.
J'aurai moins à souffrir que tu ne penses ; et je suis, grâce au ciel, d'une profession et d'un caractère à mettre une femme à la raison.
LISETTE
Commencez donc dès à présent à y mettre madame Patin; car je vous avertis que si vous attendez, pour la rendre sage, que vous soyez son mari, vous courez risque de la voir mourir folle.
M. MIGAUD.
Que me dis-tu là?
LISETTE
Je me suis senti de l'inclination à vous rendre service; et il me semble que monsieur votre fils, qui est un garçon si sage et si honnête, fera bien un meilleur usage des quarante mille livres de rente à qui vous en voulez, que le petit fat à qui madame Patin les destine.
a4 LE CHEVALIER A LA MODE.
M. MIGAUD.
Explique -moi cette énigme -là. Ta maîtresse auroit-elle changé de pensée ?
LISETTE
Elle s'est mis la cour en tête ; et , pour y paroître avec éclat, elle px'étend épouser le chevalier de Ville-Fontaine.
M. MIGAUD.
Cela ne se peut pas.
LISETTE
Je ne sais pas si cela se peut, mais je sais bien que cela est.
M. MIGAUD.
Le chevalier de Ville-Fontaine ! Tu te moques , mon enfant: cet homme-là n'est point fait pour épouser. C'est un aventurier qui n'en a pas le temps , un jeune extravagant qui n'a pas cent pistoles de revenu, qu'on ne connoît à la cour que parles ridicules qu'il s'y donne, et qui n'a pour tout mérite que celui de boire, et de prendre du tabac.
LISETTE
Eh bien ! monsieur , boire et prendre du tabac , c'est ce qui fait aujourd'hui Je mérite de la plupart des jeunes gens.
M. MIGAUD.
Je ne saurois croire ce que tu me dis.