ANGÉLIQUE, CIDALISE
ANGÉLIQUE
Eh bien ! ma chère enfant, comment vont tes affaires ?
CIDALISE
Tout-à-fait mal, et je suis à la veille de prendre le parti d'un couvent.
ANGÉLIQT'E.
Le parti d'un couvent!
CIDALISE
Quand on ne peut vivre heureusement au monde, n'est-ce pas être sage d'y renoncer?
ANGÉLIQUE
Eh ! qui t'empêche d'être heureuse ?
CIDALISE
Le testament de mon père, qui m'attache à ce que je hais , et qui ne me permet pas d'être à ce que j'aime.
Quoi ! tu t'amuses à aimer ? Es-tu folle ? à ton âge aimer ! tu n'y songes pas.
CIDALISE
Gomment donc ?
ANGÉLIQUE
Je ne m'étonne pas que tu te trouves malheureuse.
CIDALISE
Est-ce que tu n'aimes pas , toi ?
ANGÉLIQUE
Non vraiment. Je souffre qu'on m'aime; et quand je ne me fàclie point de me l'entendre dire, je prétends qu'on m'a grande obligation.
CIDALISE
Nous ne nous ressemblons donc guère ; car, pour moi, je sais toujours gié aux personnes qui m'aiment ; et, de tous ceux qui me l'ont dit, je n'ai jamais haï que mon tuteur.
ANGÉLIQUE
Tu as donc grand nombre d'amants ?
CIDALISE
Oui, mais je n'en aime qu'un; et s'il m'aime toujours , je l'aimerai toute ma vie.
Et quel est cet heureux mortel ?
CIDALISE
Tu ne le connois pas.
ANGÉLIQUE
Peut-être : on le nomme ?