‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Dancourt (volume 2)Chapitre 160 sur 192 · ANGÉLIQUE, CIDALISE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, CIDALISE

ANGÉLIQUE

Eh bien ! ma chère enfant, comment vont tes affaires ?

CIDALISE

Tout-à-fait mal, et je suis à la veille de prendre le parti d'un couvent.

ANGÉLIQT'E.

Le parti d'un couvent!

CIDALISE

Quand on ne peut vivre heureusement au monde, n'est-ce pas être sage d'y renoncer?

ANGÉLIQUE

Eh ! qui t'empêche d'être heureuse ?

CIDALISE

Le testament de mon père, qui m'attache à ce que je hais , et qui ne me permet pas d'être à ce que j'aime.

Quoi ! tu t'amuses à aimer ? Es-tu folle ? à ton âge aimer ! tu n'y songes pas.

CIDALISE

Gomment donc ?

ANGÉLIQUE

Je ne m'étonne pas que tu te trouves malheureuse.

CIDALISE

Est-ce que tu n'aimes pas , toi ?

ANGÉLIQUE

Non vraiment. Je souffre qu'on m'aime; et quand je ne me fàclie point de me l'entendre dire, je prétends qu'on m'a grande obligation.

CIDALISE

Nous ne nous ressemblons donc guère ; car, pour moi, je sais toujours gié aux personnes qui m'aiment ; et, de tous ceux qui me l'ont dit, je n'ai jamais haï que mon tuteur.

ANGÉLIQUE

Tu as donc grand nombre d'amants ?

CIDALISE

Oui, mais je n'en aime qu'un; et s'il m'aime toujours , je l'aimerai toute ma vie.

Et quel est cet heureux mortel ?

CIDALISE

Tu ne le connois pas.

ANGÉLIQUE

Peut-être : on le nomme ?

Page 1