SCENE X. 25y
l'abbé.
Vous voyez par là, madame, que je tâche de m'accommoder à votre goût, et je m'éloigne autant qu'il m'est possible du petit collet et du manteau.
ANGÉLIQUE
Vous ne sauriez me faire plus de plaisir.
LISETTE
Ma foi, madame, le petit collet et le manteau ne gâtent rien : on se repent quelquefois de s'en être défait; et c'est une espèce de housse, qui fait souvent honneur à ceux qui la portent. l'abbé.
Lisette est franche , madame , et il seroit à souhaiter pour moi que vous fussiez aussi sincère.
ANGÉLIQUE
Vous doutez que je le sois, monsieur l'abbé?
l'abbé.
Vos sentiments sont impénétrables, madame : on ne sait jamais comme on est avec vous.
ANGÉLIQUE
Est-il si difficile de vous en apercevoir? et ne voyez -vous pas que vous y êtes autant bien qu'une personne de votre caractère y doit être?
l' ABBÉ.
Une personne de mon caractère ! xUi ! madame , je n'ai point encore de caractère.
26o L'ÉTÉ DES COQUETTES.
LISETTE
C'est un jeune enfant qui ne sait à quoi se déterminer.
l'abbé.
Oui, madame, j'attends vos résolutions pour prendre les miennes : expliquez-vous, je vous prie. Vous ne me dites mot, mes beaux yeux, mes beaux sourcils , ma belle reine.
LISETTE
Monsieur l'abbé a raison, Reprendra-t-il la housse ? voulez-vous qu'il se fasse mousquetaire ? Il ne tient qu'à vous d'arracher un cœur à la mollesse, et de donner un guerrier de plus à l'état.
ANGÉLIQUE
Ah ! les belles malines , Lisette !
LISETTE
Ah ! que la réponse est juste !
ANGÉLIQUE
Que je les voie de près, monsieur l'abbé, je vous prie.
l'abbé.
Elles sont assez bien choisies.
ANGÉLIQUE
Ah ciel !
l'abbé.
Qu'avez-vous ?