ACTE m, SCÈNE II
M. MICAUD.
^os affaires et celles de nos parties ne nous occupent pas toujours : nous pi'e'fe'rons souvent celles de nos amis, et je veux bien vous avouer que quelques avis qu'on m'a donnés sur quelque chose qui vous regarde m'ont fait remettre à deux ou trois jours le jugement de ce procès dont vous m'avez écrit.
jime PATIS.
C'est pour la même affaire que j'allois chez vous. Mais quel avis, monsieur, vous a-t-on donné où vous preniez tant d'intérêt ?
M. MIGAUD.
Puisque l'affaire vous touche, il n'est pas extraordinaire que je m'y trouve intéressé. Vous avez eu quelque démêlé de carrosse à carrosse avec une marquise qu'on nomme Doriméne.
M™e PATI>'.
Ah, ah! qui vous a conté cette histoire? Vous connoissez cette marquise-là, monsieur?
M. MIGAUD.
Oui, madame.
Mme PATIN.
Et c'est de chez elle que vous venez?
M. MIGAUD.
Oui, madame.
y8 LE CHEVALIEU A LA MODE.
^ime PATIN.
Eh bien! monsieur, vous n'avez qu'à y retourner, s'il vous plaît. C'est une bonne impertinente, que votre marquise Dorimène; et je vous trouve bien plaisant d'aller chez elle , et de me le venir dire à mon nez vous-même.
M. MIGAUD.
Je ne lui ai rendu visite que pour vous obliger , madame: je la connois; elle est d'une humeur violente; elle se croit offense'e , et elle est femme à vous barbouiller terriblement dans le monde.
Mme pATI>'.
Plaît-il, monsieur? Que voulez-vous dire? Hé! sont-ce des femmes comme moi qu'on barbouille?
M. MIGAUD.
Hé! madame, il n'est rien plus facile aujourd'hui que de donner des ridicules , et même aux gens qui en ont le moins. Mais quand vous seriez au-dessus de tout cela, vous voulez bien que je vous dise qu'il y a de certaines choses que vous devez craindre plus encore que le ridicule.
^me PATIN.
Et qu'ai-je à craindre, s'il vous plaît?
M. MIGAUn.
Tout, madame. Vous avez l'ame parfaitement belle; vous êtes la personne du monde la plus magnifique, et cela vous fait de? jaloux: votre ma-