ACTE III, SCENE II. 8i
amoureuse du chevalier ; et le chevalier a la bonté de souffrir qu'elle l'aime , parcequ'il y trouve son compte.
Mme pATIK.
Lisette, qu'est-ce ci?
M. MIGAL'D.
Faites parler cet homme-là, madame : il n'est pas que quelque femme de vos amies ne soit des siennes, et il a la réputation de coruioitre bien des dames.
Mme PATIN.
J'aurai soin de m'en informer.
M. MIGAUD.
Il y en a cinq ou six , entre autres , avec qui il a quelque espèce d'engagement, pour quelque façon de mariage, à ce que j'ai ouï dire.
jiuie PATIN.
Ma pauvre Lisette !
M. MIGAUD.
C'est un caractère d'homme fort particulier : il a, comme je vous ai dit, ordinairement cinq ou six commerces avec autant de belles. Il leur promet tour à tour de les épouser, suivant qu'il a plus ou moins affaire d'argent. L'une a soin de son équipage, l'autre lui fournit de quoi jouer, <clle-ci arrête les parties de son tailleur, celle-là paie ses meubles et son appartement ; cl toutes
ces maîtresses sont comme autant de fermes qui
lui font un gros revenu.
Voilà, comme vous dites, un étrange caractère, et je ne sais s'il n'y a point de risque à connoître un homme comme celui-là. Cela ne fait point d'honneur dans le monde.
M. MIGAUD.
C'est pourtant le seul qui peut apaiser la marquise, et vous épargner les de'marches qui vous font tant de répugnance. Adieu , madame ; ne ne'gligez point cette affaire , je vous en conjure : elle est plus importante que vous ne pouvez vous l'imaginer.