SCENE IV. i
LISETTE
Elle ne s'adresse à personne. C'est par hasard qu'elle est entre mes mains. Je ne sais ce cju'elle signifie; mais le cœur me dit quelque chose de bon, et je me flatte que nous allons voir de la nouveauté' dans nos affaires.
A NGÉLIOUE.
Non , Lisette : je suis nëe malheureuse, et je ne sache rien au monde qui puisse changer ma destinée.
Mais dans le fond qu'est-ce qui vous manque? Ce ne sont pas les soupirants, Dieu merci. Vous n'en avez que trop, peut-être, et je ne sais pas même s'il n y en a point ici quelqu'un incognito , qui attend une occasion favorable pour se de'clarer. Ce peintre et ce jardinier qui sont ici depuis quinze jours...
ANGÉLIQUE
Que veux-tu dire?
LISETTE
Ces gens-là ne sont rien moins que ce qu'ils paroissent : je m'y connois, ce sont des amoureux en masque, sur ma parole.
ANGÉLIQUE
Que tu es extravagante, Lisette, avec tes idées !
i54 LE TUTEUR.
LISETTE
Donnez- VOUS patience, nous aurons tout le temps d'éclaircir mes doutes, et selon toutes les apparences nous ne retournerons pas sitôt à Paris. Ce bizarre monsieur Bernard, que votre père, en mourar.t, s'avisa, pour nos péchés, de nommer votre tuteur en dépit de toute la famille, a ses raisons pour demeurer ici; et, sous prétexte d'embellir sa maison de campagne, de faire peindre ses appartements , il vous cache aux yeux de tout le monde, et nous tient reléguées depuis six mois dans le fond d'un village, où il y a plus de cinq mois et trois semaines que je m'ennuie.
Ah, ma chère Lisette !
LISETTE
J'entends. Vous vous ennuyez aussi , et de plus d'une manière même. L'état de fille vous déplaît autant que le village, et franchement vous avez raison ; c'est une chose ennuyeuse. Mais enfin ce qui se trouve à Paris se trouve en province. Il y a des épouseurs par tout pays, et si par hasard le peintre étoit ce que je rn'imagine, je répondrois bien, moi, de faire passer "vos chagrins avant qu'il fut peu.
ANGÉLIQUE
Eh! que me serviroit-il qu'on m'aimât, et