SCENE XXIV
M. THOMASSEAU.
Sur ce pied-là, c'e=t une affaire faite, et nous serons bientôt d'accord.
VIVIEN
Eh! qu'est-ce donc? Me faire venir exprès de Gisors pour se moquer de moi?
LO R AN GE
Consolez- vous, monsieur, jeune et nigaud comme vous êtes, vous ne manquerez pas de bonne fortune.
(^On entend un bruit de hautbois et de musettes.)
M. THOMASSEAU.
Quelle musique est-ce là?
M™^ D L" Br ISSON.
C'est un petit bal de campagne que mademoiselle Duhasard a pre'paré pour monsieur Vivien, apparemment.
M. THOMASSEAr.
Comment donc ?
j^jme nu BUISSON.
Comme fille postulante d'ope'ra, il faut bien qu'elle donne un plat de son métier à la compagnie^
LO RANGE
Et comme maître de l'Epe'e-de-Bois , si vous voulez, je ferai le festin des deux mariages.
M. ÏHO MASSE AU.
INIademoiselle Duhasard est un cabaretier?
LORAKGE.
Fort à votre service.
VIVIEN
Je vous le disois bien, moi, qu'on me faisoit pièce.
LO RANGE
Sans rancune, monsieur Vivien; nous vous avons empêché de vous marier, ce n'est pas vous rendre un mauvais office. Allons, gai, messieurs de la symphonie, honneur à monsieur Vivien et à nos vendanges.
(Plusieurs vendan^jcurs et vrndan{;euses, précèdes de quelques hautbois et duue musette, entrent en dansant. )
PREMIER VENDANGEUR
Amis vendaiigeux, Ayons le coeur joyeux , J'avons les vendanges nouvelles, Qui sont des plus belles, Nargue du vin vieux.
Amis vendangeux.
Ayons le cœur joyeux.
DIVERÏ1SSEME^'T. 27'J
LE COEUR répète:
Amis veodan^eux, Ayons le cœur joyeux.
SECOND VENDANGEUR
Darlu , Rousseau , Fitte , et Forelle, En avont dans l'aile Avec leur vin vieux.
Amis veudangeux, Ayons le cœui- joyeux.
LE c H OE u R répète :
Amis vendaugeux, Ayons le cœur joyeux.
PREMIER VENDANGEUR
Serviteur à monsieur Vivien De La Chapounardière.
(Tous les acteurs et actrices de la comédie et du divertissement font la révéreuce à monsieur Vivien, en répétant:)
Serviteur à monsieur Vivien De La Chaponnardière.
PREMIER VENDANGEUR
Qu'il est docile, et qu'il prend bien Le bon parti dans cette affaire!
Serviteur à monsieur Vivien
De La Chaponnardière.
LE CHOEUR répète:
Serviteur à monsieur Vivien
De La Chapounardière.
(Deux vendangeurs et deux vendangeuses dansent une entrée grotesque.)
a8o LES VENDANGES DE SURENE.
SECOND VENDANGEUR
Morgue, morgue, point de mélancolie, J'ons bon vin et femme jolie, N'est-ce pas pour vivre contents?
Tout ce qui peut me chagriner l'ame, J'ous «iu vin nouviau tous les ans, Mais j'ons toujours la même femme.
( Entrée- d'un sabotier seul. )
•Mtne DESMARTixs, vêtiie en vendangeuse, chante. Amants, qui venez en venclauge , L'Amour ne trouve point étrange Qu'au dieu du vin vous fassiez votre cour. Dans une heureuse intelligence Ces dieux se serveut lour-à-tour.
L'Amour aide à Bacchus, et, par reconnoissance, Bien souvent Bacchus avance Les affaires de l'Amour.
(Un paysan danse une entrée comique avec Angélique, qui est vêtue eu vendangeuse.)
SECOND VENDANGEUR
Les plus habiles vendangeuses, Quoi qu'ordonne le dii u du vin.
Ne sont jamais assez soigneuses Pour bien cueillir tout le raisin.
Mais aux vendanges de Surêne,
Avec les jeux et les ris,
Le di -u des am urs amène Des grapiUeuses de Paris.
(Un grand benêt de paysan danse seul d'une manière niaise; quand il a fini, madame Desmartins s'avance au bord du théâtre, au milieu des deux vendangeurs: ils chantent les couplets suivants, que tous les acteurs et actrices de la comédie et du divertissement répètent en chantant )
PREMIER VENDANGEUR
Profitez bien, jeunes fillettes, Des moments faits pour les amours:
Quand on a passé ses beaux jours, Adieu paniers, vendanges sont faites.
Mme DESMARTINS.
Cachez bien les faveurs secrètes, Amants, dont vous êtes comblés; Sitôt que vous les révélez, Adieu paniers, vendanges sont faites.
SECOND VENDANGEUR
Il faut savoir en amourettes Se saisir des tendres moments:
Pour les trop timides amants, Adieu paniers, vendanges sont faites.
PREMIER VENDANGEUR
Faites bien vos marchés, grisettes, Avant (ju'aimer les grands seigneurs; Sitôt qu'ils ont de vos faveurs," Adieu paniers, vendanges sont faites.
(Tous les acteurs et les actrices rentrent en dansant et enchantant; et madame Desmartins, qui demeure seule sur le théâtre, adresse à l'assemblée ce dernier couplet:)
Défiez-vous de ces coquettes
Qui n'eu veulent qu'à vos écus;
Sitôt que vous n'en aurez plus,
Adieu paniers, vendanges sont faites.