ACTE II, SCENE VII. 4i
LISETTE
Eh ! non, non : je vous veux quelque chose, moi ; et madame n'avoit rien de si intéressant à vous dire.
M ARIA SE
Depêche-toi donc ; tu sais bien que mon père ne veut pas que je te parle , et qu'il dit que tu me gâtes.
LISETTE
Moi je vous gâte! Il est bien injuste de vous donner ces mauvaises impressions.
MARI A>E
Oh! ne te fâche point; je ne le crois pas: mais ses remontrances perpétuelles me chagrinent terriblement.
LISETTE
Et quelles remontrances peut-il faire ?
MARI A>E
Je ne sais: comme je ne les mérite point, je ne les écoute pas le plus souvent ; et, quand il a bien long-temps parlé, il me semble que je n'ai entendu que du bruit.
LISETTE
Ah! puisque vous prenez si bien les choses, vous n'êtes pas si fort à plaindre.
MARI A>E
Je ne suis pas à plaindre ! Est-il agréable, à mou
42 LES BOURGEOISES A LA MODE, âge, de vivre e'ternellement dans la solitude? Je n'ai, pour toute compagnie, que des maîtres qui ue m'apprennent que des choses inutiles, la musique, la fable, l'hi.^toire, la géographie. Cela n'est-iî pas bien divertissant!
liseItte.
Cela vous donne de l'espiit.
MARIANE
N'en ai-je pas assez? Ma belle-mère ne sait point toutes ces choses, et elle vit heureuse.
Sa destinée vous fait donc envie?
MARIANE
Oui, je te l'avoue; et, si elle vouloit,au hasard d'être tous les jours grondée de mon père, je lui promettrois de ne la quitter de ma vie.
LISETTE
Quoi ! pas même pour être mariée ?
Oh! c'est autre chose: quand je serai mariée, ne serai -je pas la maîtresse, et ne ferai -je pas comme elle tout ce que je voudrai?
LISETTE
Selon le mari que vous prendrez.
MARI A>E
Comment, selon? Oh! je veux unbon mari, ou je n'en veux point.