ACTE III, SCEiNE IX
LISETTE
Ah ! viaiment, monsieur, je me suis fait de belles affaires !
M. GKIFFARD.
Comment donc ?
LISETTE
Je ne sais pas quel gre vous m'en saurez, mais j'ai été furieusement querellée.
M. GRIFFAED.
Est-ce que...
Quand on dit à de jolies femmes que quelqu'un les estime , il est bien difficile de leur persuader qu'on n'a pour elles qu'une passion désintéressée.
M. GRIFFARD.
Elle s'est donc mise en colère ?
LISETTE
Oui vraiment ; elle m'a traitée de ridicule, d'impertinente. Mais cependant je ne la crois pas si hétéroclite que d'être fâchée qu'on l'aime ; et je crois que j'ai mal pris mon temps, je vous l'avoue.
M. GRIFFARD.
Oui?
LISETTE
Oui, monsieur; quand on a de certains chagrins , et qu'on ne sait à qui s'en prendre...
-u LES BOURGEOISES A LA MODE
M. GRIFFARD.
Elle a quelques chagrins, Lisette?
LISETTE
Est-ce qu'elle est jamais sans cela?
M. GRIFFARD.
Et de quelle nature sont ses chagrins encore ?
LI SETTE
D'une nature. ..d'une nature bien chagrinante, monsieur.
M. GRIFFARD.
En sais-tu la cause?
LISETTE
Je la soupçonne: car avec elle, monsieur, on ne sait jamais rien certainement ; elle n'ouvre son cœur à personne.
M. GRIFFARD.
Mais enfin, que soupçonnes-tu?
LISETTE
Ah, monsieur! que deviendrois-je , si elle savoit que je vous fisse des confidences de la sorte ? elle ne me pardonneroit jamais. C'est une petite dissimulée qui seroit au de'sespoir qu'on sût les mauvaises situations où la mettent presque tous les jours ses extravagances.
M. GRIFFARD.
Je t'entends , elle a besoin d'argent.