SCÈNE II. i
LISETTE
Comment donc , Lucas ?
LTJCAS.
Acoutez : je sommes pour être maries ensemble, car monsieur Bernard, notre maître, dit qu'il le veut, je le veux bian itou; quand vous ne le voudriais pas, vous, je sommes deux contre un; à la pluralité des voix, je serons mari et femme, ne vous en déplaise.
LISETTE
C'est une chose sûre : mais , afin que les choses se fassent de bonne grâce, et que je le veuille bien aussi , c'est pour cela que tu veux faire fortune ?
LUCAS
Tout justement, vous l'avez deviné; j aime à être riche, moi; il m'est avis que ça est bian commode, mademoiselle Lisette.
LISETTE
Tu as raison.
Lrc AS.
Oh bian donc, comme je partagerons notre fortune, il n'y a point de danger de vuus luoutrer ce que je viaus de trouver.
LISETTE
Qu'est-ce que c'est ?
LUCAS
Motus, au moins.
i5o LE TUTEUR.
LISETTE
Est-ce quelque diamant?
Non.
LISETTE
Une bourse pleine d'or?
LUCAS
Non.
LISETTE
Quoi donc?
LUCAS
Un papier.
LISETTE
Quel papier?
LUCAS
Un papier dont j'ai bonne opinion ; c'est tout dire. Le voilà. Tenez, il fait encore tantinet jour; vous savez lire, voyez ce que c'est, car je n'y entends goutte, oui. Mais, morgue, lisez donc tout haut ; point de trahison , au moins.
LISETTE lit.
«Madame votre mère m'est venue trouver.Vous « avez fort bien fait de lui mander naturellement « où vous êtes, le sujet qui vous y retient, et les « moyens qu'il y a de vous rendre service. Je sui- « vrai de près le valet de chambre qui vous portB c. ma lettre; tâchez de plaire, puisque vous l'avez